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réflexion éthique 
Réflexion éthique
Le commerce équitable
Une question revient souvent, dans les contacts que nous avons
en Suisse et par des demandes en provenance du Tiers-Monde: «Pourquoi
revendez-vous ce matériel? Ne faudrait-il pas mieux le donner?»
Nous
sommes opposés au don pur et simple du matériel informatique de
seconde main, comme nous sommes opposés au don de tout autre moyen daide
au développement. À notre avis, vendre sans exploiter
est un moyen de contribuer réellement à un développement
durable.
Il est important de donner dans le cas dune aide humanitaire
urgente, dans une situation de guerre, de famine ou de catastrophe naturelle.
Mais nous travaillons dans un autre cadre quest laide au développement:
cest la pauvreté, le manque de connaissances et le sous-équipement
quil faut vaincre. Or cela ne se fait pas sans une participation volontaire,
un travail de longue haleine et une certaine prise de risques de la part des intervenants
locaux. Le premier pas dans ce mouvement est certainement lachat à
un prix raisonnable, bien sûr de moyens de production ou dun
fonds de commerce. Sans cet effort initial qui est aussi très symbolique,
cest léchec programmé.
Comparons rapidement don et commerce sur 3 plans de notre relation
avec les pays du Sud:
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Sur le plan humain
En créant une relation vendeur-acheteur, on
se situe au même niveau que son interlocuteur. Nous devons négocier
léchange et arriver à un accord librement consenti des
deux parties. On doit offrir une prestation ou du matériel qui satisfasse
la demande de lautre. Pour lobtenir, celui-ci doit accorder
à cette prestation ou à ce matériel une valeur quil
est daccord de payer. On ne peut pas ly forcer.
Au contraire, la relation donateur-bénéficiaire
est dangereusement déséquilibrée. Trop souvent le donateur
offre (de parfaite bonne foi) ce dont il veut se débarrasser, ou
ce quil croit bon pour le bénéficiaire. Ce dernier se
garde bien de discuter du don, de peur de froisser le donateur et de le
voir changer de bénéficiaire. Mais quadviendra-t-il
du don sil est inutile ou inadapté aux conditions locales?
Au mieux un gaspillage de moyens et dénergie, au pire une ordure
plus ou moins polluante dans un pays qui nen manque sûrement
pas.
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Sur le plan économique
En apportant dans un système commercial des produits
dont le prix a été inconsidérément abaissé,
le libre jeu de la concurrence est faussé. Les commerçants
locaux qui ont investi et développé normalement leurs entreprises
vont se trouver confrontés à des concurrents qui auront eu
la chance (ou lhabileté?) de se faire donner leurs produits
ou leur fonds de commerce. Le phénomène est semblable quand
les bénéficiaires sont des particuliers: comment éviter
la jalousie et les mésententes entre les bénéficiaires
des dons et les autres citoyens?
Que va-t-il se passer une fois cette «aide» terminée
ou quand le donateur décidera de ne plus donner? Les commerçants
«aidés» par les dons nauront certainement pas appris
à travailler dans un contexte normal de concurrence et seront démunis
pour affronter lavenir, alors que les autres nauront peut-être
pas survécu à la distorsion du marché. Un beau gâchis
et à coup sûr un pas en arrière, loin dun développement
économique durable.
En pratiquant un commerce équitable avec les commerçants
locaux, on diminue énormément cet effet pernicieux. Les
prestations ou le matériel sont offerts à des prix corrects.
Le meilleur commerçant nest alors pas celui qui profite de
conditions «artificielles», mais celui qui offre la meilleure
valeur ajoutée ou le meilleur service, celui qui a pris le risque
dinvestir dans un domaine attractif, celui qui valorise le mieux lachat
quil a fait selon les règles simples et universelles dun
commerce équitable.
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Sur le plan éthique
Dans le cas de dons, quels sont les critères qui vont
amener le donateur à choisir un certain bénéficiaire
plutôt quun autre? Ce sera tout naturellement la qualité
de la relation quétabliront les bénéficiaires
potentiels avec leur «bienfaiteur»... Et si ce donateur nest
pas dune intégrité sans faille, ce sera la course au
«meilleur» bénéficiaire, avec tout ce que cela
implique de comportements calculés, de pratiques douteuses, voire
carrément répréhensibles.
Par ailleurs, donateurs et bénéficiaires auront
tout avantage à conserver leurs rôles respectifs, chacun faisant
alors léconomie dimagination, de créativité
et de travail... Ainsi, lautonomie et le développement durable
des bénéficiaires ne seront plus les buts de laide,
puisquils modifieraient une situation relativement confortable. La
stagnation est donc le résultat prévisible.
Encore une fois, un commerce équitable et solidaire
ne tombe pas dans ce piège: il ny a pas de position de force,
les deux parties doivent sentendre... ou ne travailleront pas ensemble.
La concurrence loyale entre clients potentiels dun même vendeur
et entre vendeurs potentiels face à un certain client va se régler
selon les règles économiques. Limagination et le savoir-faire
remplaceront les magouilles et la corruption pour la dignité de tous
et pour un progrès nécessaire dans le sens dun développement
durable.
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Nous sommes conscients de la difficulté dagir de
la sorte, mais nos efforts vont clairement dans ce sens.
Lécologie
Autre question lancinante, reprise dès sa constitution par
la Commission déthique de DeltaLink: «En envoyant du matériel
usagé dans le Tiers-Monde, ne participe-t-on pas surtout à la croissance
de lénorme tas dordures commencé avec les vieilles
voitures, les pneus lisses ou les frigos au CFC?».
Eh
bien oui, nous sommes conscients de ce problème sans être en mesure
de le résoudre.
En ce qui concerne cette question, notre position est la suivante:
- Nous estimons quil est extrêmement profitable aux pays émergents
daugmenter le niveau de connaissances des populations locales,
notamment grâce à linformatique et à Internet, quitte
à ce que cela crée quelques effets secondaires
que lon
doit limiter dans la mesure du possible.
- Nous renonçons à envoyer du matériel trop ancien
qui serait rapidement écarté et accroîtrait trop tôt
la masse des ordures. Nous pensons quun ordinateur connectable à
Internet ne subira pas ce sort avant quelques années.
- Nous veillons au mieux à laspect réutilisable de nos
emballages (palettes, cartons forts, textiles de seconde main, mais pas
de matières plastiques).
- Nous participons à des actions conjointes de plusieurs ONG pour inciter
à une utilisation généralisée de logiciels libres
ou «Open Sources» (type Linux, Star Office, etc.), ce qui devrait
avoir pour conséquence une plus longue utilisation du matériel
car ces logiciels sont nettement plus performants que les autres.
- Nous défendons lidée que des pays riches devraient promouvoir
la réalisation dusines de retraitement des déchets dans
les pays du Tiers-Monde, où aboutit de toutes manières une quantité
non négligeable de nos rebuts.
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