N O T E S   D E   V O Y A G E S

Burkina Faso, 2000 — 20 à 23

... par
Gilbert Cujean

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Archives des e-mails, repris de «PDF» heureusement sauvegardés...

Note concernant mes photos de l'année 2000.


De : delta.system@bluewin.ch
Objet : Burkina 2000 - Message 20
Date : 10 avril 2000 10:21:55 GMT+02:00
À : delta.system@freesurf.ch

*** Ouagadougou, dimanche 9 avril 2000, 16 h 30

Bonjour tout le monde,
Samedi matin, au bureau d'Afrika Link, on a commencé à aménager un coin Apple. Un peu moins de 6 x 4 m (à l'oeil), séparé du reste par une cloison de contre-plaqué, cet espace devait être le "magasin de Karim". Ce dernier a abandonné l'idée et libéré les lieux. Il y a une porte directement sur l'extérieur.
Après un coup de patte de Moussa, on a installé le Performa 630 dédouané la veille ainsi que le vieux Mac IIsi prêté par ECLA en janvier (voir les épisodes précédents!). Quand j'ai sorti le drapeau Apple (1 x 2 m, environ), mes camarades voulaient immédiatement le mettre sur la façade de l'immeuble!
J'ai dû m'y opposer pour des raisons de crédibilité évidentes...Ce local servira de salle de cours et de démonstration, pour la formation de la semaine prochaine.

A midi, je n'étais pas en forme et je n'ai rien mangé: la connerie à ne pas faire! J'ai dormi une demi-heure et à 14 h 45, "Raso" (c'est le surnom du jeune chauffeur frère du cousin de Karim...) était là avec sa voiture.
J'avais rendez-vous avec Moussa Bologo, président d'ECLA, à leur atelier d'informatique, au nord-ouest de la ville.
On arrive à l'heure... donc les premiers! Il fait un soleil de plomb et toujours plus de 40 degrés. On s'installe sur un banc, à l'ombre, et arrive bientôt Hamado Ouédraogo, conseiller et consultant d'ECLA, puis Abdoul Lingani, le responsable de l'atelier informatique. Ce dernier vient d'avoir un entretien téléphonique avec M. Bologo: le lieu de la réunion a été déplacé à l'ODE où loge Bologo et où il y a des locaux ventilés, voire climatisés, ce qui n'est pas le cas chez ECLA. Seulement, l'ODE c'est de l'autre côté de la ville, derrière l'université... On y va!

Il fait encore plus chaud que la veille, à deux reprises, sentant une impression de chaleur rayonnante, je me suis dit: "Mets-toi à l'ombre, mon vieux!". Le problème c'est que j'y étais déjà!!! En arrivant vers Moussa, je n'étais pas bien du tout. On est tous entré dans sa chambre et il a branché la climatisation, mais le coup de chaleur était là, cumulé avec une bonne hypoglycémie... J'ai vomi tout le liquide absorbé depuis le matin (et ça fait pas mal!). Comme j'avais rien mangé, j'ai fait ça très proprement! ;-[
Mais trêve de détails scabreux, je dois avouer que ce qui m'a fait récupérer, c'est le Coca. Ça fait mal à l'idéologie, mais tant de bien à l'estomac... et c'est vraiment très sucré...

On a quand même bien discuté et mes interlocuteurs ont été vraiment chouette. Il faut dire que les Burkinabè aussi souffrent de la chaleur, mais ils ont un peu plus l'habitude.

*** Ouagadougou, dimanche 9 avril 2000, 21 h 30

De la discussion de samedi après-midi, il ressort les points suivants:

- ECLA/Moussa Bologo a envie de travailler avec moi et me fait confiance.

- Je suis d'accord sur le principe avec la proposition de Moussa de constituer en Suisse une association "sans but lucratif", de type ONG, ce qui ne veut PAS dire à but philanthropique et n'implique PAS le bénévolat.

- Une telle association permettra non seulement que je ne sois pas seul (il y aura un comité, etc.) mais aussi une clarté et une transparence des prix.

- Accessoirement, une telle association sera mieux à même que Delta-system Sàrl (société commerciale) de faire jouer les bonnes volontés (membres de soutien, cotisations, etc.).

- Il est bien clair que de chaque côté (Suisse et Burkina Faso) les rémunérations doivent être équitables.

- Une collaboration doit être offerte à "Drahtesel" (La Bécane), la fondation bernoise qui fournit 3'000 vélos récupérés par année à ECLA. (Je connais déjà Paul Richter et ça ne devrait pas poser de problème.)

- On doit se revoir quand j'aurais récupéré pour poursuivre la discussion et parler plus "pratique". Je passe la fin de l'après-midi à l'ODE, allongé. Je crois même que j'ai un peu dormi. Vers 19 heures, je suis assez vaillant pour affronter le déplacement jusqu'au centre ville.

De retour au Grillon, on me signale que ma femme a appelé. Que se passe-t-il? Je finis par atteindre Sylvain (mon fils) qui me dit qu'on a aucune nouvelles de moi!?! Je le rassure et comprends que mes e-mails n'ont pas passés...
Je vais m'étendre en attendant la visite d'Abdoul Salam Kaboré (ami, pharmacien, ancien ministre sankariste) qui doit passer me prendre. Je me requinque encore un peu chez lui où on installe même une natte et un matelas dans la cour. J'ai dormis une heure, puis mangé de la salade et une crêpe avec un nouveau Coca (!). Quand il m'a ramené au Grillon j'étais vraiment sur la bonne voie!
J'ai aussi vu Michelle qui est toujours enceinte, mais vraiment plus pour longtemps (avec la chaleur qu'il fait, bonjour la fatigue!).
Salam m'a aussi rappelé que l'Onatel avait annoncé des perturbations des services Internet pour cause d'extension du réseau. C'était censé être pour le week-end passé, mais il y a peut être prolongation!

Samedi après-midi, m'a dit Salam, il y a eu une manifestation à Ouaga qui a mal tourné: gaz lacrymogènes et échauffourées. Certaines sources, mais c'est loin d'être vérifié parlent de blessés graves, même par balles (des fusils de chasse). L'opposition est en train de lancer une "résistance active" ce qui devrait paralyser le pays, si le mouvement est suivi. On verra bien. (Si vous avez plus d'informations que moi, ce qui est certainement le cas, communiquez-les moi, svp.)
La nuit n'a pas été très longue, mais sans problème.

Ce dimanche matin, je me suis installé (avec mon petit ventilateur privé!) dehors, devant ma chambre, pour terminer le "Message 19". Ensuite, depuis Afrika Link, j'ai fait quelques tests où j'ai pu comprendre le problème de "fasonet": le serveur qui envoie les messages vers l'extérieur du réseau burkinabè ne fonctionne pas (à l'intérieur, ça marche). Le reste est OK, je reçois tout. Après quelques essais et grâce à mes multiples adresses et fournisseurs d'accès, j'ai finalement déterminé qu'en utilisant le serveur de "Sunrise" en Suisse, les choses se passaient bien (alors que, normalement, c'est interdit par le serveur burkinabè). Je suppose donc que vous avez enfin reçu de mes nouvelles et je m'attends à une vague de réponses demain (?).

Le reste de la journée a été calme... je récupère: reposée et repas de midi chez les Ganamé, après-midi à l'hôtel, repas du soir avec mon ami Rado, le chauffeur du PNUD entre deux missions. Il était crevé par une semaine de travail à Dori (Sahel, porte du désert), on n'a pas fait long. A 21 h 30 je reprenais ce message et maintenant je vais me coucher: demain c'est lundi, ici aussi!
Je vous salue tous bien amicalement,
Gilbert Cujean
--
... en séjour au Burkina Faso [:-3)=
<cujean@fasonet.bf> ou <delta.system@bluewin.ch>
Delta-System Sàrl, PO Box 77, CH-1312 Eclépens, Switzerland


De : delta.system@bluewin.ch
Objet : Burkina 2000 - Message 20 bis
Date : 10 avril 2000 12:56:44 GMT+02:00
À : delta.system@freesurf.ch

*** Ouagadougou, lundi 10 avril 2000, 11 h 15

Hello,
Voici quelques photos, juste pour le "fun":

1- Performa à Ouaga: l'installation du bel importé et mon investissement éolien! Afrika Link, Ouagadougou
2- Demi-ventilo: principalement à destination de mon architecte préféré. La paroi de séparation en contre-plaqué est simplement ouverte au droit du ventilateur. On espère que le pilotage de l'appareil ne va pas créer des problèmes entre voisins! Afrika Link, Ouagadougou
3- 2000 F d'amende: cet écriteau doit être unique à Ouaga (?), il est juste à côté du bureau d'Afrika Link. Je n'ai encore personne vu verbaliser! Ouagadougou

A la prochaine!
Gilbert Cujean
--
... en séjour au Burkina Faso [:-3)=
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De : gilbert.cujean@wanadoo.fr
Objet : Burkina 2000 - Message 21
Date : 11 avril 2000 11:35:32 GMT+02:00
À : gc@deltalink.org

*** Ouagadougou, lundi 10 avril 2000, 22 h 45

Bien le bonjour à tous,
Encore une journée où les manteaux de fourrure étaient de trop!
Au petit-déjeuner, j'étais tout seul sous le "hangar" dans la cour de l'hôtel (on dirait chez nous un "pavillon de jardin"). Un garçon de l'hôtel est venu me proposer "Le Pays" que je me suis empressé d'acheter. C'est un quotidien indépendant dans lequel les événements de samedi sont relatés avec quelques détails. Ce que j'ai déjà dit est confirmé: il y a eu répression violente par les forces de la Direction de la Compagnie d'Intervention Rapide (une sorte de CRS burkinabè) d'une manifestation du Collectif de l'opposition, qui a tenté de se rapprocher de la Présidence pour transmettre un message de protestation.

Les autorités ont en fait provoqué les débordements en bloquant les opposants à distance, alors que le parti présidentiel n'a semble-t-il pas de problème d'autorisation pour manifester (sa soumission?) sous les fenêtres de Blaise Campaoré (président en exercice, compromis dans des affaires peu avouables d'assassinats d'un journaliste et d'un opposant, de trafic d'armes avec la Sierra Leone, etc.).
Ce qui est grave, c'est que les opposants, qui jusqu'à maintenant étaient restés pacifiques, ont cédés à ces provocations, aidés en cela par quelques éléments incontrôlés. Il semble que de l'autre côté, on s'en est donné à coeur joie et qu'on a "cassé du manifestant". Le journal rapporte des "scènes pathétiques" (sic) où "des femmes évanouies, victimes de gaz lacrymogènes, des hommes se battant entre vie et trépas, un jeune aux jambes immobilisées, bref une dizaine de blessés gisaient à même le sol" (resic).
D'après les manifestants, il y a eu une trentaine de blessés dont 7 graves et 6 arrestations.

Je vous rappelle juste qu'à cette heure-là, il faisait plus de 40 degrés (... et que moi, j'étais "out" chez Moussa Bologo!).
La presse burkinabè m'étonnera toujours par sa liberté de ton.
Nos Edi-Ringier-presse et Cie pourrait bien y jeter un oeil de temps en temps! Bon, c'est en noir et blanc, format 25 x 30 cm environ, sur du mauvais papier, avec peu de pub, mais avec des éditoriaux musclés, des informations politiques (y compris le PV du Conseil des Ministres hebdomadaire!), les communiqués de presse de l'opposition, des syndicats, comme du gouvernements, des annonces officielles ou nécrologiques, des faits divers, etc. Aujourd'hui, il y avait par exemple sur une page de gauche le récit des événements, avec deux encadrés: le "Communiqué Du Ministère de l'Administration Territoriale et de la Sécurité" qui souligne l'illégalité de la manifestation, et l'"Appel à la mobilisation" du Syndicat National des travailleurs de l'Education de Base (SYNATEB) qui stigmatise la répression féroce et demande à ses membres de suivre les directives du Collectif.
Sur la page de droite, il y a le communiqué du Collectif appelant à "72 heures de grève" (10, 11, 12.4.2000) et à la "résistance active". Les signataires en sont Halidou Ouédraogo (sauf erreur, du Mouvement Burkinabè des Droits de l'Homme), Tolé Sagnon (CGT) et le Pr Joseph Ki-Zerbo (Groupe du 14 février), tous membres du comité du Collectif.
---
En arrivant au bureau d'Afrika Link, on m'a raconté que certaines artères d'accès au centre ville avaient été barrées par des pneus enflammés...

Matinée calme, coups de fils, courrier électronique, organisation de la première séance de formation, etc. Vu la participation (4 ECLA, 5 Afrika Link et moi) on a décidé d'enlever provisoirement la séparation en contre-plaqué du fond du local (celle qui a un trou pour le ventilateur!).
On a commandé les menuisiers (deux apprentis?) et je crois que si je n'étais pas intervenu quant à la stratégie à adopter, on y serait peut-être encore, ou plus vraisemblablement la paroi serait en miette! Alors que je n'ai pas pu avertir Augustine (la patronne) et qu'on replacera cette séparation en fin de semaine. L'espace est plus ouvert et agréable et on a pu récupérer deux clous pour fixer le drapeau Apple!

A midi, j'ai mangé à l'hôtel, au frais (30°?) et au calme dans ma chambre.
La cuisine où j'ai commandé à manger est une sorte de garage-buanderie au fond de la cour. Ils ne font que très peu de repas, d'après ce que j'ai pu constater et aujourd'hui, je suis vraisemblablement seul. C'est vide, sauf les mouches et un petit type qui me dit s'appeler Gilbert. Je pense que ça n'a rien à voir (quoi que son sourire faisait plaisir à voir quand je lui ai dit "Moi aussi!"), mais 20 minutes après, il m'apportait le meilleur steak que j'ai jamais mangé au Burkina, des frites et une grande bière. Tendre à souhait, paré au point que RIEN n'est resté sur l'assiette, bref: délicieux!

C'est peu avant 14 heures que les choses se sont gâtées: une fois, puis encore une fois, puis toutes les deux minutes montre en main, un phénomène incroyable s'est produit au niveau du climatiseur de ma chambre.
Imaginez un climatiseur qui tourne, c'est le bruit d'un bon ventilateur rapide et c'est déjà pas très agréable. Mais quand brutalement ce bruit se transforme en une série de quinze à vingt coup de marteau piqueur (un vrai, à l'ancienne, pas ces machines insonorisées pour les "tapettes") là, DANS la chambre, ça surprend! Je n'exagère pas en disant que je n'osait pas approcher de l'appareil: quelque chose allait sauter... Et non, ça repartait pour un tour! Absolument impressionnant et légèrement incompatible avec mon idée de faire une petite sieste avant la performance de l'après-midi.
J'ai pas dit, mais en même temps ou avec deux secondes de décalage, les climatiseurs voisins faisaient pareil... A défaut de comprendre j'ai été demander des explication. "Il fait trop chaud!... Y a trop de courant!...".
J'ai quitté l'hôtel 5 minutes après, en menaçant d'interrompre mon séjour au Grillon s'ils ne trouvaient pas une solution avant le soir... et de ne pas payer toute ma note!

La formation de l'après-midi s'est parfaitement bien passée. Les types sont formidables, motivés, curieux... Mais pas très ponctuels, on a commencé avec une heure de retard. Mais cette fois, moi, j'ai le temps!
... et j'oublie presque l'heure: c'est passé minuit! A demain!

*** Ouagadougou, mardi 11 avril 2000, 9 h

Je suis rentré vers 19 heures 30. Là aussi c'est impressionnant, il fait nuit mais la chaleur est toujours presque pareille... Et voilà à peine dans ma chambre que le marteau piqueur reprend de plus belle! Je me douche et fonce à la réception: "J'attends la visite du directeur dans ma chambre et s'il n'est pas là dans 30 minutes, je déménage à l'Indépendance (5 étoiles) à vos frais!". Dix minutes après, le gérant (pas le directeur) se pointe et m'explique à nouveau qu'il fait trop chaud (je savais déjà!), mais que la nuit il n'y a pas ces bruits. C'est un fait que le calme -toujours tout relatif en Afrique- est revenu. Pourvu que ça dure! Demain matin on me déplacera dans une chambre un peu à l'écart, qui n'a "pas de problème". Ok, on essaye, mais attention, si il y a du bruit cette nuit, je mettrai mes menaces à exécution!

En fait tout c'est bien passé et ce matin on déplacera mes bagages dans une véritable petite suite (2 pièces), pour le même prix... Vive les râleurs!
(Mais honnêtement, ce n'est absolument pas supportable, ce bruit doit bien faire 90 db!).
---
A'ciao, bonne journée!
Et couvrez-vous: "En avril n'enlève pas..."
Amitiés,
Gilbert Cujean
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De : gilbert.cujean@wanadoo.fr
Objet : Burkina 2000 - Message 22
Date : 13 avril 2000 08:02:38 GMT+02:00
À : gc@deltalink.org

*** Ouagadougou, mercredi 12 avril 2000, 20 h

Bonsoir les amis,
Hier mardi, la matinée a été calme et banale.
Je ne vous en avais pas parlé jusqu'à maintenant, mais depuis lundi, un échange de messages Internet a été engagé par un de mes clients qui avait besoin d'un peu d'assistance. Il aura tout de même fallu deux bons jours pour résoudre le problème: quand on n'a que les yeux et les mains (... et la tête! Alouette!) d'une tierce personne à 4000 km pour agir, ça fait un bon exercice d'abstraction, mais c'est pas si facile!

Vers 13 heures, j'ai fait connaissance avec ma nouvelle chambre. Vaste, mais borgne (ventilation par la climatisation!). Tout fonctionne, mais j'ai dû faire nettoyer le filtre qui devait bien contenir 1 kg de poussière et était complètement obstrué. Après ça: moins de bruit, plus d'efficacité, économie d'énergie... Et ça doit faire quelques années que c'était comme ça! L'après-midi, nouvelle séance de formation. On a été perturbés par plusieurs longues pannes de courant. Vive le iBook que je prends soins de maintenir en charge assez souvent, précisément en prévision de ces ennuis!

A 18 heures j'attendais Ousmane Sawadogo (le mari d'Augustine). En fait, il n'était pas aussi disponible que je l'avais prévu et après une petite discussion sur l'avenir d'Afrika Link, il est parti vers un autre rendez-vous... Augustine sera encore loin environ un mois après son accouchement et ça nous mènera en juin. A ce train-là on n'est pas au bout de nos peines et mes futurs (éventuels) associés devront montrer plus de motivation pour que je me lance dans une opération conjointe. C'est peut-être pas plus mal non plus de poursuivre un seul lièvre à la fois: ECLA et ses occasions dans un premier temps, le Macintosh neuf plus tard?
---
Ce matin, alors que la question était pendante depuis lundi matin auprès de Mathieu (!), j'ai empoigné le tout petit problème des prises téléphoniques pour modems: les 3 prises que j'ai achetées à Pontarlier coupent le téléphone qui y est raccordé (il s'agit de prises gigognes). Mais que ce passe-t-il? En moins de dix minutes, le truc était réglé: il fallait démonter ces prises, bien observer et tirer des conclusions. Rien de savant!
Toujours est-il qu'en 48 heures, mon ami Mathieu en était toujours à hausser les épaules et à contempler les prises de l'extérieur en disant "pourtant ça devrait marcher"...
Il y a des fois où j'en ai marre de cette situation de laisser aller fataliste où, même pour les sujets qui les intéressent, les Africains attendent je ne sais quelle manifestation magique pour enclencher la première! Mais je me soigne.

Avec Béré, l'autre maintenancier d'Afrika Link, l'exercice était autour d'un Macintosh SE (1 MB RAM, 20 MB disque!!!) d'un cousin à lui, qui ne démarrait plus. La situation était finalement désespérée (disque dur "out"), mais les multiples et diverses tentatives de réparation étaient intéressantes, y compris de transporter le disque sur une autre machine pour avoir plus de mémoire pour agir.

J'ai été manger chez les Ganamé (à l'africaine, c'est à dire à l'improviste: tu mange ce qu'il y a, s'il y a). J'en ai profité pour mettre à jour le système de son Mac, de manière à pouvoir ultérieurement mettre des logiciels Internet plus récents. Suite des opérations une autre fois, car avec les deux bières préalablement éclusées au bar du Cinéma voisin, le Mac et le repas, il était tout d'un coup l'heure de me pointer chez Afrika Link pour le cours "du soir" (dès 15 heures).
Très jolie formation-démonstration sur le réseau LocalTalk, avec théorie et pratique, partage de fichiers, partage d'imprimante, partage d'application, etc.
En rentrant à 19 h, il y avait un mot de Moussa Bologo. On poursuit les discussion demain matin.

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Photos jointes: Une série sur l'hôtel Grillon (publicité gratuite!). La deuxième montre le "hangar", la dernière avec la porte de la chambre 12 (croix) où je loge maintenant (elle est silencieuse car elle donne de l'autre côté!).

Hôtel Grillon, Ouagadougou Hôtel Grillon, Ouagadougou Hôtel Grillon, Ouagadougou
Hôtel Grillon, Ouagadougou Hôtel Grillon, Ouagadougou Hôtel Grillon, Ouagadougou
Quant à "Joyeux Noël", elle a vraiment été prise à Ouagadougou, hier 11 avril 2000, et il faisait 40 degrés à l'ombre! Imaginez la scène... il y a des Burkinabè qui étaient hilares dans mon dos! Joyeux Noël, Ouagadougou  

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Je suis désolé de la pauvreté et de la banalité de mes messages, mais ce n'est pas toujours l'aventure! Cette fois il y a du boulot et il fait joliment chaud...
A plusss,
Gilbert Cujean
--
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De : gilbert.cujean@wanadoo.fr
Objet : Burkina 2000 - Message 23
Date : 15 avril 2000 08:48:23 GMT+02:00
À : gc@deltalink.org

*** Ouagadougou, vendredi 14 avril 2000, 19 h 30
     (27e anniversaire de mariage, bravo Françoise!)

Bonjour à tous,
Hier jeudi, Moussa Bologo est venu au Grillon pour discuter de la suite.
On avait rendez-vous à 9 heures. J'ai foncé au bureau à 7 h 15 pour lire mon courrier électronique avant la ruée de 7 h 30 sur Internet. J'étais de retour au Grillon à 8 heures pour petit-déjeuner. Moussa est arrivé avec une bonne demi-heure de retard, car il est resté pris dans les embouteillages créés par l'absence de feux tricolores. Ces derniers sont en effet une cible appréciée des manifestants...

Logique de Moussa: dans un pays comme le Burkina, où des tas de gens sont sans emploi, pourquoi n'engage-t-on pas des plantons pour faire la circulation aux carrefours? Il y aurait moins de chômeurs, ce serait plus sécurisant pour les usagers, il y aurait moins de chauffards (on brûle plus systématiquement un feu rouge qu'un mec en uniforme, bras levé!), on ne pourrait pas les casser à coup de pierres... et j'ai vu dans le journal qu'un équipement de 4 feux coûte 30 millions de francs (CHF 75'000.-).
Ramené au salaire mensuel supposé de 60'000 F CFA/mois, ça fait plus de 40 ans de salaire, et ça serait bien payé! C'est ce qu'on appelle le "maldéveloppement".

Notre discussion a été très riche en promesses d'avenir. Surtout par une conjonction d'idées fondamentales, mais aussi sur certains détails. A plusieurs reprises, il a dit quelque chose que j'avais écrit la veille dans mes notes! Sans entrer dans trop de détails, voici en vrac quelques points de la discussion:

- Transparence des prix: j'avais préparé un schéma de calcul et donc de contrôle de la composition typique du prix de vente d'une machine d'occasion au Burkina (pour 150'000 F CFA de prix de vente, quelle est la part du travail en Suisse, du transport, des frais de douane, des marges, etc.).

- Collaboration (temporaire?) avec "Drahtesel", la fondation bernoise qui envoie plus de 3'000 vélos par année à ECLA: Moussa insiste pour que cette collaboration existe. Je n'y vois que deux inconvénients surmontables: la distance Bern-Lausanne (et réciproquement!) et la langue.

- Constitution d'une association en Suisse: pas de problème, cette solution juridique n'interdisant qu'une chose, la rémunération du capital, ce qui n'est pas notre intention. A ce propos, ECLA Informatique à Ouagadougou s'appelle RECORD. Je ne savais pas que ça voulait dire: Recyclage d'Equipements, de Consommables et d'Ordinateurs pour la Réinsertion des Démunis (!). Mais je trouve qu'en Suisse on pourrait prendre le même nom qui voudrait dire RECyclage d'ORDinateurs! Qu'en pensez-vous? Par ailleurs, rien n'est décidé et le concours d'idées est ouvert! J'attends vos proposition. Une carte de membre honoraire à celui qui trouve le nom qui sera adopté! ;-)

- Planning: Ma première estimation, admise par Moussa, est la suivante:
-- Fin mai: l'association est en place.
-- Fin juin: les méthodes et solutions techniques (main d'oeuvre, logistique, stockage, etc.) sont opérationnelles.
-- Fin août/début septembre: un container part de Berne (?) avec des vélos et un premier lot de matériel informatique.
-- Début octobre: arrivée du container à Cotonou (Bénin). Une semaine après, arrivée du matériel à Ouagadougou.

Tout peut être rediscuté, mais il me semble qu'on avance clairement et dans une connivence que j'apprécie énormément.
Moussa m'emmène ensuite en ville où ECLA Informatique vise un nouveau lieu, en remplacement de l'actuel qui est dans une zone populaire, peu développée économiquement et peu fréquentée. Deux solutions sont envisagées: soit un espace genre vitrine d'exposition de meubles (environ 200 m2, entièrement vitrés sur 3 m de haut, dans l'angle d'un bâtiment), je vous explique pas la fournaise qu'on devine dans cet aquarium à sec (on n'est pas entré, sinon je serais pas là pour vous raconter!); soit, à 300 m de là, une cour plus traditionnelle, avec deux corps de bâtiments, quelques arbres, la possibilité (?) de monter une boutique devant le mur, sur la rue, etc. Moi, j'aurais vite choisi! Surtout que la seconde solution coûte 350'000 F CFA par mois, contre 400'000 pour le micro-onde (CHF 850.- à 1000.-). De toute façon c'est très cher, mais on est dans la capitale, au centre-ville!

On se quitte vers midi, en se donnant rendez-vous mardi, à Ouahigouya. Je vais établir des directives d'utilisation efficace d'Internet pour les secrétaires, et faire un peu de formation. Moussa est conscient qu'il faut communiquer pour réussir!
---
Après la formation de l'après-midi à Afrika Link et un souper-télé dans la cour du Grillon, je me suis brièvement pointé chez les Ganamé. Ils sortaient chez des amis, alors je me suis "fait une toile", tout seul, dans le ciné qui est à 50 m de chez eux (Nerwaya). Séance de 22 h 30 dans un impressionnant cinéma climatisé de 1066 places confortables: "Bone Collector", avec Denzel Washington et Angelina Jolie, une espèce de thriller noir, un peu sanguinolent. On était moins de 50 dans cet immense espace, et la projection était parfaite sur le plan technique (copie neuve, etc.).
---
Aujourd'hui vendredi, la matinée a été pratique:
- J'ai annulé ma réservation au Ranch de Gibier de Nazinga (Françoise ne venant pas et moi y étant déjà allé, je ne me voyais vraiment pas faire ça seul!).
- J'ai confirmé mon arrivée à Ouahigouya mardi matin (le Colibri m'attend).
- J'ai appelé Abdoulaye Ouédraogo à Ouahigouya: l'inauguration de la bibliothèque de Mouni est reportée en automne ou plus tard, mais quand Françoise sera là, c'est trop important. Je suis très heureux de cette solution que j'avais proposée à Abdoulaye. Je ferai certainement un saut à Mouni, pour présenter mes condoléances suite au décès du chef qui m'a reçu en janvier, et faire connaissance de son successeur.
- J'ai acheté mon billet de car à la STMB et serai le premier appelé mardi matin!
- J'ai acheté un "burlingue". J'avais besoin de laisser une trace de mon passage et d'avoir un ou deux tiroirs où ranger le matériel que je vais laisser ici. Départ sur la mobylette de Malick. Il m'emmène dans une boutique de meubles d'occase, le long d'une voie (on appelle comme ça les routes, ici) en direction du centre-ville. On a trouvé un superbe meuble, châssis métallique, plateau et corps en bois, sur lequel un assistant a vite fait deux couches de verni (ça sèche vite ici, en plein soleil!). Avec une chaise, l'affaire a vite été négociée: 45'000 + 9'000 = 50'000 tout rond (un peu plus de 100 francs suisses). On a ensuite négocié le prix du transport avec le possesseur d'une charrette: bon pour 700 (moins de 2 francs suisses). Ça fait très classe (voir photo)!
---
Dernière après-midi de formation/découverte du Macintosh.
Hier j'avais tiré le portrait de mes plus fidèles élèves [en haut: ECLA, en bas: Afrika Link].

Afrika Link, Ouagadougou
Abdoul

Omar


Béré


Malick

Mathieu

Moussa

Robert


Voilà pour ce soir. Je vais aller casser une graine.
A bientôt,
avec toutes mes amitiés,
Gilbert Cujean
--
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