N O T E S   D E   V O Y A G E S

Burkina Faso, mars 2010 — 11

... par
Gilbert Cujean

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Épilogue

Lausanne, lundi 19 avril 2010

Au début de cette série d'articles il y a eu «Demandez le programme!» où je faisais part des buts de mon voyage. Il est peut-être important de faire un bilan et de voir ce qu'il est réellement advenu de ces objectifs. Voyons donc:

Prévu le 25 février 2010, à 5 jours du départ: Réellement effectué ou à suivre:

À Ouagadougou d’abord où je serai en début et en fin de séjour:

Avec mon ami Djibril, nous devons faire le bilan de l’action «Mil pour le Sahel 2008» qui, grâce à la générosité de mes amis et après la distribution de mil durant la «soudure» 2008, a permis de constituer en janvier 2009, puis de compléter en été 2009 cinq «mini banques de céréales» dans la région d’Arbinda. Nous n’irons peut-être pas sur place, mais je m’intéresse à la pérennité de ces banques et à leur influence sur l’autonomie alimentaire de ces populations.

 

Ce bilan est positif. Chaque village a fait fonctionner sa mini banque de céréales et a pu la réapprovisionner. Il y a une bonne vingtaine de sacs de mil (2 tonnes ou plus) dans chacune des 5 banques.

En principe, l'opération s'arrête là. C'est maintenant aux populations locales de gérer ces stocks.

Nous ne sommes pas allés sur place car le voyage n'était pas nécessaire et impliquait 2 ou 3 jours de déplacement.

Toujours avec Djibril, je devrais assister à quelques activités de l’ONG Diobass pour laquelle il travaille. Mon but est de ramener un témoignage et —qui sait?— un projet intéressant à soutenir financièrement.

Deux jours de visite ont eu lieu et j'en ai rendu compte dans 3 articles de cette série: «Empirisme et innovation» (partie 1, partie 2 et partie 3).

Les activités de l'ONG Diobass sont à mon avis très intéressantes et méritent certainement un soutien extérieur. Reste à présenter plus en détail cette ONG à des partenaires potentiels suisses.
Ce que je vais faire prochainement.

Tout autre aventure que celle que me promet Laurentine de TV-Waguès! Cette organisation, issue de la nébuleuse hyperactive de Yam-Pukri et de Burkina-NTIC, s’est donné pour tâche de fournir du contenu burkinabè au site Internet <www.wagues.net> qui n’est autre qu’un «YouTube» local! Il ne faut pas avoir froid aux yeux, mais c’est pas le genre de Laurentine et de ses collègues. J’espère assister à un tournage, ou même proposer un sujet de reportage, par exemple sur le moulin de Mouni. Et je pense que quoi qu’il se passe, ce ne sera ni triste ni ennuyeux!

Cette partie du programme ne s'est pas déroulée comme prévu, car Laurentine se préparait à quitter TV-Waguès pour prendre un poste de journaliste à la RTB (télévision nationale), le 1er avril. Félicitations à Laurentine qui a «gagné» un concours où il devait y avoir une bonne dizaine de candidats!

Malgré ce chambardement, nous avons assisté ensemble à la projection d'un film très impressionnant dans le cadre de la 1ère édition des «Journées Cinématographiques de la Femme Africaine de l'Image» (JCFA): «Une affaire de nègres», documentaire de Mme Osvalde Lewat du Cameroun, qui dénonce les agissements du Commandement Opérationnel, sorte d'escadron de la mort, qui a purement et simplement liquidé plus de 1'000 personnes dans la région de Douala, en février 2000.

Photo ci-contre:
Laurentine et Osvalde Lewat à la sortie de la projection

 

De plus, Laurentine nous a accompagnés lors d'une visite des projets de Diobass (voir «Empirisme et innovation 2») et a réalisé un film de 7 minutes sur le sujet.

 

Moussa est un bijoutier touareg, ami de mon ami Ahmed. En 2009, je lui ai permis de vendre quelques beaux colliers dans une boutique de Lausanne: Art Hénia, rue du Pré-du-Marché 13 (Publicité gratuite à destination des Suisse romands. Il y a aussi plein d’autres belles choses, et le patron pratique une forme intéressante et non dogmatique de commerce équitable. Allez-y!). Je dois voir avec Moussa comment envisager l’avenir d’une exportation plus régulière vers la Suisse. Quels produits? Quels conditions? Quelles contraintes administratives et douanières?

J'ai rencontré Moussa à plusieurs reprises et les choses ont bien avancé. J'ai publié quelques images sur «L'atelier des Touaregs» dans l'article intitulé «Interlude».

Par ailleurs, nous avons parlé marketing et qualité dans la finition et la présentation des bijoux. Une idée originale (?) est en route et j'ai réservé le nom de domaine <www.boutiquetouareg.com> pour un futur site web à réaliser d'ici l'été, avec une idée de vente en ligne.

On en reparlera dans quelque temps et tout devrait en tous cas être prêt pour vos prochains cadeaux de Noël!

Il y a aussi Titi Josias, que je ne connais pas encore, mais qui m’a proposé par e-mail de le soutenir dans son projet de station solaire de recharge de batteries et de ciné-projection de DVD, dans un village à 70 km de Ouaga. Je vais le rencontrer et analyser son idée et ses motivations. On en reparlera certainement!

J'ai rencontré Titi Josias comme prévu et j'ai étudié son idée. Elle est bonne, et le projet est bien préparé, mais essentiellement d'un côté technique. L'analyse du marché et de la concurrence inévitable est insuffisante, de même que la connaissance du «terrain».

De plus, le projet est complet dès le début, y compris la construction d'une boutique, avec un investissement d'environ CHF 3'500.– (1'411'000 F CFA). Il ne prévoit pas un développement progressif… donc pas de «plan B» ou de position de repli en cas d'imprévu.

Je suis persuadé qu'un démarrage plus modeste, éventuellement en collaboration avec un commerçant déjà en place, pourrait être un succès et je me suis permis de donner quelques conseils dans ce sens à Titi Josias.
Les suivra-t-il? L'avenir nous le dira peut-être.

Et il y a les rencontres de pure amitié, qui s’accompagnent d’une bière ou d’une «sucrerie» et se poursuivent éventuellement autour de brochettes ou de poulets. Je vais voir Salam et Michelle, «Rado», Issouf et Moustapha, Khalil, Sylvestre, Alain, Salif, Brice, et bien sûr Papa Diop, le peintre du marché de Nabi Yaar...

Là l'objectif est atteint (c'était assez facile!).

Sauf pour Issouf qui travaille actuellement hors de Ouaga sur un site aurifère.

À Ouahigouya ensuite:

Chez Burkina Vert, avec mes compères Issouf et Doudou, on doit mettre à jour et augmenter le contenu du site <www.burkina-vert.org>, ce qui impliquera quelques discussions et des visites de réalisations sous leur contrôle.

 

Le programme prévu a été sérieusement abrégé pour cause de deux décès dans l'environnement des collaborateurs de Burkina Vert. Mais l'essentiel a été mis en place, à savoir une voie de communication plus fluide entre eux et moi. À voir les effets dans quelque temps…

Avec les mêmes, il faudra «débriefer» le projet de moulin à mil de Mouni. En effet, depuis l’année passée et mes déceptions quant au fonctionnement du moulin en 2008, les choses ont dû s’améliorer... mais il a fallu passer par une crise et, en mai 2009, suite à de nouvelles difficultés de communications, j’ai pris la décision d’éjecter Abdoulaye hors du projet et de lui interdire de me représenter auprès du village. J’ai chargé Burkina Vert de le remplacer et j’ai informé Mouni de ma décision. Quelque temps plus tard, à ma grande surprise, j’ai reçu une lettre de remerciement des femmes du village pour les avoir délivrées de la domination d’Abdoulaye qui ne les respectait pas, au point-même de leur soustraire le revenu des moutures!
Et Abdoulaye, sera-t-il d’accord de me rencontrer? Pourrai-je le confronter à ses malversations (heureusement pas très importantes en quantité)? Sera-t-il d’accord de réparer le dommage? On peut en douter. Comment les Burkinabè procèdent-ils dans une telle situation? On en reparlera aussi.

En ce qui concerne Mouni, mon article «Un moulin à Mouni, l'enquête» a largement fait le tour du sujet.

Sur un tout autre plan, il y a Sylvie, une amie suisse et son mari Abdoulaye (Burkinabè, mais pas le même que ci-dessus, Dieu merci!), qui ont construit une école privée et qui l’ont ouverte cette année scolaire. Où en est leur projet, encore en création et finalement très ambitieux?  Là aussi, voir mon article «L'Académie Syldep».
Et il y a Sayouba, avec qui un début de projet de moulin à mil à Lèba a été esquissé en janvier 2009 et dont je n’ai plus de nouvelles depuis quelque temps. Pourquoi ce silence? Ce projet va-t-il se concrétiser? Encore une question à laquelle il faudra tenter d’apporter une réponse.

Le silence n'était heureusement dû qu'à des problèmes de connexion.

Dans «Encore un moulin à mil?» j'explique la situation.
Le projet doit être finalisé, et une recherche de fonds sera certainement ouverte avant l'été. À bientôt!

À Bobo Dioulasso, enfin:

Camille, filleul de mon épouse a eu un second enfant avec sa femme Awa en juin passé. De plus, il devrait venir en Suisse en été prochain pour le mariage de sa correspondante scolaire. Il est prof dans une école professionnelle dont j'ai parlé en 2008. Et puis Bobo Dioulasso est la «capitale de la musique» du Burkina. Nous avons donc beaucoup de choses à discuter et de bons moments à passer ensemble.

 

 

 

Awa en extension à l'hôpital de Bobo Dioulasso.

 

J'étais au Burkina depuis une dizaine de jours quand Camille m'a informé que Awa s'était brisé le fémur un peu au-dessus du genou dans un accident de sport (!). Mon séjour à Bobo s'est donc en partie concentré sur cet événement et l'hospitalisation de la victime. Quand on sait que tout se paye d'avance dans ce genre d'aventure et que l'immense majorité des gens n'ont pas d'assurance, le rôle de la famille et des amis est essentiel pour la survie-même des malades.

Imaginez qu'il faille déjà payer les brancardiers pour qu'ils déchargent l'ambulance, qu'après les soins d'urgence strictement nécessaires on remet à la famille une liste de médicaments qu'elle doit se débrouiller pour trouver, qu'il n'y a pas d'assistance aux patients et que les familles doivent servir les repas et aider leur malade pour se laver ou même aller à selles… Les conditions générales d'hygiène sont ahurissantes pour un oeil européen, avec un va et vient continuel de visiteurs et des casseroles de repas posées à même le sol qui font le régal de petites bêtes assez peu «ragoûtantes» qui courent dans tous les sens!
Plus fort encore, c'est aussi à la famille de se procurer TOUS les médicaments et accessoires nécessaires à une intervention chirurgicale, y compris les désinfectants divers, les gants et même les plaques et les vis pour réduire la fracture! Une partie de ce matériel n'a d'ailleurs été trouvé qu'auprès d'une clinique privée, à 10 fois le prix normal. C'est seulement quand les fournitures sont réunies que l'opération peut être agendée. Paye ou crève, semble être la devise!

Heureusement, Awa a finalement été opérée le jour de mon retour en Suisse. Depuis lors, les nouvelles sont assez bonnes, mais imprécises aussi. On croise les doigts pour cette jeune femme si durement frappée par le sort.

Pour le reste de mon séjour à Bobo, voir «Sachez tisser vos sachets!» et «Massacre à la tronçonneuse».

* * *

Et voilà.
Cette fois la série est terminée. Rendez-vous au prochain voyage!

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