N O T E S   D E   V O Y A G E S

Burkina Faso, mars 2010 — 8

... par
Gilbert Cujean

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Sachez tisser vos sachets!

Ouagadougou, dimanche 28 et lundi 29 mars 2010

Regardez ces images du Burkina! Elles ont été prises à Ouagadougou, Bobo Dioulasso ou Ouahigouya. Et j'aurais pu en prendre de semblables dans les pays voisins: toute l'Afrique de l'ouest est submergée par les sachets plastiques usagés. En tant qu'Européen, on en a la nausée…

Il s'agit d'une véritable plaie: les animaux s'étouffent en les broutant, ils constituent de petites poches d'humidité favorables au pullulement des moustiques transmetteurs du palud, s'ils sont brûlés ils dégagent des gaz polluants, et comme publicité touristique on peut faire mieux! Et pourtant on vous donne un sachet avec n'importe quel achat: une mangue un sachet, trois bananes un sachet, et selon les cas, c'est un sachet supplémentaire dans un sachet où il y a déjà juste quelque chose au fond…

Pour la grande majorité des gens, ce n'est pas un problème: ils jettent leurs sachets —même réutilisables!— que le vent se charge d'amener un peu plus loin… puis de rapporter selon la saison. Pour Haoua Ilboudo, c'était trop: lasse de voir crever ses moutons et donc de perdre ses revenus, elle s'est posé la bonne question: que faire de ces sachets? Ses compétences de couturière, un solide bon sens et un remarquable esprit d'entreprise l'ont amenée à imaginer et réaliser le «Centre de recyclage des sachets plastiques» à Bobo Dioulasso.

Cette association a été créée dans le cadre du GAFREH (Groupe d'Action des Femmes pour la Relance Économique du Houet) qui couvre également d'autres activités et regroupe plus d'une centaine d'associations villageoises et quelque 5'000 femmes (le «Houet» est la province où se trouve Bobo Dioulasso).

Haoua est trésorière du GAFREH et directrice du Centre de recyclage qui en est l'activité phare. De 6 femmes à l'origine, elles sont maintenant 60 à tirer des revenus de cette activité consistant à recycler intelligemment ces déchets urbains non biodégradables.

Les sachets sont d'abord récupérés, ce qui est assez facile: il n'y a qu'à se baisser, la mine de matière première est partout et à ciel ouvert! Amenés dans la cour du Centre de recyclage, les sachets sont triés par couleur (le noir domine), puis lavés et séchés avant d'être découpés en bandes d'environ 1 cm de large. Finalement enroulées sur des bobines de navettes, ces bandes seront tissées dans une trame de coton.

De différentes largeurs, avec différents motifs, les tissus ainsi produits sont utilisés pour créer de superbes objets originaux et utiles, tels que sacs, sacoches, souliers, ceintures, porte-monnaie, objets de mode ou décoratifs, etc. En tout plus de 80 articles! Certaines de ces bandes sont aussi directement crochetées ou tricotées pour faire des porte-clés ou des poupées.

Stock de sachets propres.

 

 

 

   Stock de matière première.

Le bobinage des bandes de plastique.  

 

 

 

Les sachets lavés sèchent à l'étendage.

Il y a plusieurs sortes de métiers à tisser.

 

 

 

 

La boutique avec toutes sortes d'articles.  

 

 

 

J'ai bien sûr profité de ma visite pour acheter quelques sacs et Khady Traoré, la secrétaire, a très soigneusement «terminé» l'ouvrage au briquet!

Évidemment —mais pourquoi évidemment?— ces objets ne se vendent guère sur place! Les touristes en sont friands… quand ils découvrent le lieu car la publicité est insuffisante. Si je n'avais pas entendu parler de cette activité en Europe, avant de venir, je serais passé à côté. Pire, j'ai demandé à plus de dix personnes, à la gérante de mon hôtel et à deux chauffeurs de taxis: personne ne connaissait le Centre de recyclage. Il a fallu prendre le numéro de téléphone sur Internet et appeler pour qu'on nous indique où nous rendre. De plus, l'entreprise a récemment déménagé et les quelques indications de lieu figurant notamment sur le Petit Futé ne sont pas à jour!

Heureusement que des boutiques proposent les produits du Centre en France, en Hollande, en Allemagne, en Autriche et même aux États-Unis! En Suisse, il n'existe pour le moment pas de revendeur pour ces objets, mais cela pourrait bien changer!

En attendant, un site a été créé bénévolement par une «admiratrice» française.

 

 

Le travail de Haoua, de Khady et des femmes du GAFREH est remarquable et mérite d'être soutenu. Elles n'ont pas besoin d'aide, juste que nous achetions à prix équitable ces objets qui contiennent tant de leur travail.

Il est certain que le marché potentiel du Nord pourrait absorber et commercialiser le travail de dizaines de tels Centres de recyclage. Pourquoi n'y en a-t-il pas plus, même si finalement leur contribution à l'assainissement de l'environnement n'est que symbolique? La question reste sans réponse pour le moment et des centaines de tonnes de sachets continuent malheureusement à s'envoler dans le vent…

* * *

Encore quelques jours et ce sera le retour en Suisse… mais d'autres articles suivront, c'est promis!
Ici il fait toujours autour de 40°C sous abri et il y a des coupures de courant aléatoires d'une durée de 1 à 4 heures.

À suivre…

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