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Burkina Faso, mars 2010 — 3

... par
Gilbert Cujean

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Empirisme et innovation (3e partie)

Ouagadougou et Ouahigouya, mardi 9 et mercredi 10 mars 2010

Toujours samedi dernier, après un bref arrêt picnic à Ziniaré, nous rejoignons Noungou, près de Loumbila, à quelques km au nord-est de Ouagadougou.

Noungou — La filière oignons

L'Association Teel Taaba (s'entraider en mooré) date de 1989, et sa reconnaissance officielle est de 1992. Elle regroupe 27 groupements paysans sur 2 provinces (13 groupements masculins, 12 féminins et 2 mixtes; 1884 membres en tout). Les activités sont diverses et c'est toujours suite à un Atelier Diobass qu'un problème a été identifié: Ces cultivateurs d'oignons amenaient leur récolte au marché en mars-avril, comme tous les autres cultivateurs. La chute des prix due à la pléthore fait que le kg d'oignons se vend à 200 F CFA à cette période. Comment conserver les bulbes jusqu'en octobre-novembre où le prix grimpe à 1'000 F CFA / kg?

Le Groupe de Recherche-Action constitué suite à ce constat a fait son travail d'enquête, a été jusqu'au Niger visiter des sites spécialisés, et a expérimenté plusieurs manière de cultiver pour vérifier si cela avait une influence sur la conservation. Cette recherche n'est pas terminée, mais elle a déjà permis de réaliser une «cave» qui sera expérimentée prochainement et de constater que les oignons produits sans engrais chimiques se conservaient mieux [ndlr: tiens tiens, comme c'est étrange!].

Cette «cave» est un bâtiment hors sol, construit en pierres de latérite et ciment pour les murs (la roche est moins humide que la terre), en paille et chaume pour le toit et en bois pour les portes (le végétal est moins conducteur de chaleur que le métal). La ventilation est particulièrement soignée, avec de nombreux «jours» sur 3 côtés. À l'intérieur il y a des claies en bois pour entreposer les bulbes. La visite s'est faite alors qu'il faisait 45°C à l'ombre à l'extérieur. Dans la «cave» il faisait sensiblement moins chaud... à tel point qu'on souhaitait ne plus en sortir!

Le thermomètre du 4x4 est formel: 45°C à l'ombre, à 2 heures 01 [samedi 6 mars 2010].

La «cave» est prête à recevoir 12 tonnes d'oignons
dès la prochaine récolte.

 

Ensuite, on a bien sûr été voir les champs d'oignons et les parcelles expérimentales pour la production de semences, au bord du barrage. Les différents modes de culture y sont testés: avec engrais chimiques ou fumure organique («bio»), en partage avec du maïs ou seuls, irrigués par carrés ou par lignes, etc.

Les champs d'oignons sont souvent parsemés de plants de maïs.

 

Deux petites motopompes servent à l'irrigation.

 

Non loin des maraîchages, des enfants lavent des carottes (et en mangent!) en discutant tranquillement.

N.B.- On est samedi après-midi. J'espère —et suis presque sûr— que le reste du temps ils vont à l'école!

Djibril et le président de l'association Teel-Taaba lors de la réunion qui a suivi la visite.

 

 

... et le généreux cadeau de 2 poulets pour les visiteurs!

Après cette dernière visite, je peux dire avoir été très favorablement impressionné par les méthodes pratiquées et les résultats obtenus. Lors de chaque présentation des activités des GRA, les participants n'ont pas manqué de rappeler le rôle important joué par l'Association Diobass et ses collaborateurs. Systématiquement à l'origine des réflexions par des ateliers où les problèmes sont identifiés, Diobass appuie ensuite les GRA par un patient travail de visites, de conseils, d'information, de formations et d'organisation d'activités parallèles comme des voyages d'études.

La première caractéristique de ces méthodes est le respect et la reconnaissance des compétences et de l'intelligence des populations rurales. Plutôt que de les inciter à acheter, souvent très cher, des produits ou des outils issus de recherches occidentales qu'ils ne comprennent pas, les paysans sont directement et activement impliqués dans leur propre développement. Les résultats qu'ils obtiennent sont souvent une redécouverte d'anciennes recettes qu'ils perfectionnent, ce qui leur donne confiance et motivation.

Ce qui est aussi remarquable, c'est qu'une fois appliquée, l'«innovation» découverte est souvent commercialisée, ce qui procure des revenus complémentaires fort appréciés, permettant de scolariser des enfants et d'améliorer l'ordinaire.

J'ai rencontré au Burkina Faso des gens (Burkinabè ou expatriés) qui se plaignent des paysans comme étant plus intéressés à boire du «dolo» (bière artisanale) et à attendre une aide extérieure qu'à vraiment travailler, surtout à la saison sèche. On m'a cité des cas flagrants où des chefs locaux empêchent un bon développement de leur village par des décisions stupides, notamment foncières...
Ce que j'ai vu ces deux jours, même si ce n'est peut-être qu'un échantillon minoritaire, m'a prouvé une fois de plus qu'il y a des gens qui se battent pour un authentique développement, sans forcément faire beaucoup de bruit et surtout sans dépenser des millions. Ceux-ci méritent qu'on les soutienne, ne serait-ce qu'en diffusant cette information.

* * *

De retour à Ouagadougou, il a bien fallut se rendre à l'évidence: on avait perdu un degré!

... et le feu était vert pour passer à la bière!

Hier, mardi, je me suis déplacé à Ouahigouya pour la suite de mes activités.
À bientôt donc!

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À suivre...

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