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Burkina Faso, mars 2010 — 2

... par
Gilbert Cujean

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Empirisme et innovation (2e partie)

Ouagadougou, lundi 8 mars 2010 (+ quelques précisions apportées le 30 avril 2010)

Après les «blocs multi-nutritionnels», un autre GRA (Groupe de Recherche-Action), issu de l'Association des femmes du même village de Toéghin nous a présenté ses activités. Mais auparavant on nous avait apporté à manger et à boire (du poulet —bien sûr!— excellent et un CocaCola).

Toéghin — Soigner poules et pintades

L'Association Sougri-Nooma des femmes de Toéghin a aussi formé ce GRA en 2003. D'autres groupes s'occupent d'hygiène et santé humaine ou d'élevage de dindons. Le constat de départ était que les poules et pintades étaient particulièrement vulnérables aux parasites externes (puces, etc.), ainsi qu'à certaines maladies dont la diarrhée et une pseudo peste aviaire.

Association Sougri-Nooma

Comme leurs collègues masculins, les femmes ont d'abord observé et se sont renseignées auprès des anciens, ce qui a permis d'identifier des produits de pharmacopée traditionnelle. Ces remèdes ont été testés et leurs effets soigneusement répertoriés, selon les circonstances et les dosages. En parallèle une recherche a été faite sur la conservation de ces produits.

Finalement, le GRA a mis au point 4 produits, respectivement actifs contre la pseudo peste, les puces, la parasitose des pintades et la diarrhée. Ils se présentent sous forme de poudres ensachées, avec étiquettes et modes d'emploi détaillés.

La Secrétaire Générale de l'Association Sougri-Nooma explique sont organisation et l'histoire du GRA.

La responsable du GRA nous présente un des remède avec les produits dont il est issu.

 

Un sachet de produit avec sa fiche explicative en langue locale (mooré).

 

Stand d'exposition, comme pour une foire.

 

Depuis 2008, on est plutôt dans une recherche de commercialisation de ces produits, et il y a un projet de plantation d'arbres dont sont extraits les remèdes pour pouvoir augmenter la production. Dans une région où il y a des volailles dans chaque cour, le marché potentiel est très grand, même s'il y a déjà de la concurrence.

La rencontre se termine par la visite d'un poulailler avec une couveuse fonctionnant avec une lampe à pétrole (il n'y a pas d'électricité à Toéghin!). Cette petite unité de production a été mise en place pour favoriser l'utilisation des remèdes du GRA dans l'élevage des poulets et des pintades.

Puis, Djibril, Léon (technicien de Diobass) et moi-même avons reçu deux superbes poulets blancs (signe de grand respect).

* * *

Le retour à Ouagadougou s'est passé sans problème si ce n'est l'incroyable circulation et les bouchons qu'elle génère aux heures de «descente» (sortie des administrations et entreprises). Heureusement, notre chauffeur connaît les raccourcis et le 4x4 de Diobass permet d'éviter l'ensablement et de franchir des obstacles qu'une voiture ordinaire aurait de la peine à surmonter...

Après cette journée en brousse — toujours à plus de 40°C!—, la bière était la bienvenue!

* * *

Samedi matin, nouveau départ: cette fois nous sommes accompagnés par Laurentine, la vidéaste de Yam-Pukri et TV-Waguès (voir mon article de présentation initiale). Elle est intéressée à filmer les deux GRA au programme du jour et leurs activités.

Tanghin Kossodo
— La «tourista» des petits ruminants

Suite à un «Atelier Diobass» en 2003, l'Union Wend-Waogo des groupements d'éleveurs de la région a engendré plusieurs GRA sur différents sujets. Outre la commercialisation du bétail et la production de miel, la santé des petits ruminants est le sujet qui nous sera présenté.

Le problème initial est semblable au précédent, il ne s'agit plus de volaille mais de chèvres et de moutons. Une épidémie de diarrhée pouvait tuer jusqu'à 95% du cheptel et causer des pertes considérables dans l'économie des familles et de la région.

Le GRA, composé de 6 hommes et 4 femmes a mené une enquête auprès des anciens éleveurs. Les mem,bres du GRA, paysans-chercheurs ont même autopsié quelques bêtes victimes pour voir quels organes étaient atteints. Là aussi, les observations ont servi de base à l'étude. Trente-six espèces végétales ont été identifiées comme pouvant améliorer la situation et, après de long essais «cliniques» sur des groupes tests d'animaux, c'est finalement 6 plantes qui ont été retenues.

L'assemblée...

sous le nim.

Des «potions» ont ensuite été créées et également essayées sur des cas réels, dans des situations réelles. L'expérimentation a duré plusieurs années pendant lesquelles l'Association Diobass a suivi le GRA et l'a appuyé par des conseils et un appui méthodologique. Cette investigation a maintenant donné lieu à un produit, fabriqué par les femmes, dûment conditionné dans des bouteilles en plastique avec étiquette et mode d'emploi. Et ce qui n'est pas rien, l'INERA a testé l'efficacité et la non-toxicité du produit. Au dire des chercheurs, la mortalité en cas d'épidémie traitée avec ce produit a baissé à 3% (contre plus de 90% auparavant!).

Nous avons ensuite visité un jardin de plantes médicinales, dont certaines ont quasiment disparu du Burkina Faso. Certains arbres ont des petits écriteaux donnant leurs noms scientifiques, et l'ensemble est protégé par un enclos en treillis. Ce lieu profite aussi à un autre GRA qui est en plein travail sur l'apiculture. On compare notamment la productivité des ruches traditionnelles en paille tressées (ci-dessous à gauche) avec celle de ruches kenyanes qui ressemblent plus aux ruches européennes (ci-dessous à droite).

Nous avons ensuite été visiter les chantiers de construction de fenils et d'étables qui font partie d'un programme d'encouragement subventionné. Sans entrer dans les détails, il est remarquable que des étables et des gros bovins (5 têtes) soient exclusivement attribués à plusieurs femmes de la commune! Celles-ci participent pour 400'000 F CFA (CHF 1'000.-) à leur projet qui vaut 2'000'000 F CFA en tout (CHF 5'000.-). D'où vient donc cet argent? –Mais des activités d'élevage et d'embouche que ces femmes faisaient avant de recevoir le pactole! Et la femme qu'on a rencontré avait 5 enfants, l'aînée ayant 8-9 ans... Chapeau.

* * *

Puis nous nous sommes déplacés dans un autre village, mais cet article s'allonge et je vous donnerai la suite sous peu...
Pour ceux et celles qui lisent ces lignes après publication de la suite, il suffit de cliquer sur le lien ci-dessous s'il est activé.

À suivre...

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