N O T E S   D E   V O Y A G E S

Burkina Faso, mars 2010 — 1

... par
Gilbert Cujean

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Empirisme et innovation (1ère partie)

Ouagadougou, dimanche 7 et lundi 8 mars 2010 (+ quelques précisions apportées le 30 avril 2010)

40°CArrivé comme prévu mardi 2 mars au soir à Ouagadougou, j'ai consacré mercredi et jeudi à prendre pied.

Il faut s'installer, faire débloquer sa carte SIM car cela n'a pas été complètement fait à distance, appeler et rencontrer des amis impatients, transmettre quelques courriers et cadeaux, se connecter à Internet entre deux «délestages» sans préavis (les coupures peuvent durer 3 à 4 heures!), entamer des discussions pour des activités futures, attendre, téléphoner dans toutes les directions, rassurer la famille en Suisse, répondre à quelques e-mails, et par dessus tout ça: (re)faire connaissance avec la chaleur!

Car il fait «bon», comme on dit chez nous! De 11 heures à 18 heures, le thermomètre ne descend pas au-dessous de 40°C, avec des pointes à 44-45°C (toujours «sous abri», bien entendu!). La nuit est «assez fraîche» et mon thermomètre personnel que j'ai fixé à l'intérieur de ma chambre descend jusque vers 34°C, alors qu'à l'extérieur il doit faire 26-28°C. Sur la photo, c'est dimanche à 16 h, dans la pénombre et tous ventilateurs enclenchés (j'ai une chambre sans «clim», je n'aime pas ça!).

Puis, vendredi et samedi, j'ai passé 2 jours à visiter quelques villages où l'Association Diobass Écologie et Société (dont mon ami Djibril est le coordinateur pour le Burkina Faso) a initié des projets avec des populations villageoises. Vraiment intéressant. Alors voyons ça:

Les Groupes de Recherche-Action (GRA)

Dans les 3 villages visités, tout est parti d'Ateliers de sensibilisation organisés par Diobass à destination des associations et groupements villageois. Certains problèmes, propre aux paysans locaux ont d'abord été évoqués, puis identifiés plus précisément. Un groupe de travail (GRA), souvent mixte, a ensuite été formé par des gens du lieux concernés, motivés et... bénévoles. Diobass, ses techniciens agricoles et ses spécialistes de terrain restaient en retrait, mais disponibles pour «coacher» ces groupes (appuis technique et financier) et enregistrer leurs résultats.

Le travail des GRA est d'abord fait d'observations. On observe le comportement des bêtes ou des plantes qui sont le sujet de la recherche. On essaye d'en déduire certaines règles, de mesurer certains impacts. On interroge le cas échéant les vieux qui auraient connu des méthodes aujourd'hui disparues. Avec l'expérience et le réseau de Diobass, il est aussi organisé des voyages d'études et d'échanges dans d'autres régions du pays, voire dans des pays voisins (Niger, Mali, Bénin, Côte d'Ivoire,...).

Les premiers résultats aboutissent à la réalisation de tests. Il peut s'agir de produits échantillons (pour l'alimentation, la pharmacopée, etc.) ou de conditions particulière (pour les cultures ou l'élevage). Ces essais sont mis en oeuvre et à nouveau on observe...

C'est la méthode scientifique du pauvre: avec très peu de moyens, mais du temps, de la patience et du dévouement, des produits ou des méthodes innovantes se créent. Et ces nouveautés ont la particularité d'être en parfaite adéquation avec les populations locales, elles sont en général très écologiques et ont un prix de revient très bas, à la portée des utilisateurs et... au profit des producteurs!

La dernière étape est peut-être la plus difficile à exécuter, c'est le partage et la diffusion du savoir. Même s'il n'y a évidemment pas de brevet sur les innovations des GRA, ces derniers ont de la peine à divulguer leurs découvertes. On les comprend dans la mesure ou c'est en général le résultat de plusieurs années de travail non directement rémunéré, et la vente des produits finis est pour eux un «retour sur investissement» parfaitement légitime. Ce qu'il faudrait faire admettre c'est que l'on peut aussi commercialiser des idées et de la propriété intellectuelle, mais pour ça, il faudra encore un peu de temps...

Maintenant voici quelques situations plus concrètes:

Toéghin — Ne dites plus «pierre à lécher»...

... dites «bloc multi-nutritionnel», cela valorise le produit! De quoi s'agit-il?

Association Wend-Raabo de Toéghin

Au village de Toéghin (province du Kourwéogo, à une soixantaine de km au nord de Ouagadougou) l'élevage est la principale activité pourvoyeuse de revenus. Or, en période sèche, les bêtes manquent de nourriture et ne prennent pas suffisamment de poids. Un GRA de 12 personnes (dont 3 femmes) a donc été constitué en 2003 et les observations ont d'abord montré quelles plantes étaient préférées par les petits ruminants (moutons, chèvres). On a aussi remarqué que le bétail allait régulièrement lécher le sol rocheux dans certains endroits du territoire (présence de sels minéraux).

L'idée de fabriquer une pierre à lécher a germé et les essais ont commencé: mélanger les feuilles broyées de plusieurs essences végétales avec de la roche salée réduite en sable fin, agglomérer le tout avec de l'eau (et un tout petit peu de ciment!), faire sécher et contrôler ensuite le comportement et l'évolution des animaux selon la composition du produits. Il a fallu plus de 4 ans au GRA pour mettre au point la technologie, perfectionner et améliorer le produit, et prouver, toujours empiriquement, que le bétail prospérait mieux en présence de ces «blocs multi-nutritionnels».

Réunion sous un hangar avec toit en paille. Bravo!

 

Ces fers serviront à marquer les blocs avec leur provenance et la date de fabrication.

 

Malaxage du mélange

Malaxage à la main du mélange de pierre broyée, d'extraits végétaux, d'eau et d'un peu de ciment.

 

Blocs multi-nutritionnels de 5 kg

Moulés-démoulés et soigneusement marqués, les blocs de 5 kg (secs) vont sécher durant plusieurs semaines.
Le «B», initiale du haricot en mooré, indique le produit végétal contenu (il y a 3 variantes).

Moulage puis ici démoulage des blocs multi-nutritionnels.

 

 

 

 

La vidéo ci-dessous, de quelques minutes, montre ce processus de fabrication [publiée le 8 avril 2010].

La phase actuelle est à la valorisation et à la diffusion du produit dans la région. Le GRA participe aux foires locales et à des émissions de radio, fait de la publicité et commercialise ces compléments alimentaires. La production est assurée par le GRA renforcé par quelques autres membres du groupement villageois. On fabrique sur commande. Actuellement, si la demande est suffisante, la capacité de production est de 100 blocs de 5 kg et 50 de 2.5 kg par mois. Les pierres sont vendues 1'500 F CFA et 1'000 F CFA respectivement avec une remise de 250 F CFA pour les acheteurs locaux.

Les revenus sont partagés en 3 parts: La première pour la «motivation» [sic] des travailleurs, la seconde pour les frais de fonctionnement du GRA et l'achat de certaines fournitures, la troisième pour l'amortissement et le renouvellement du matériel. On étudie aussi la possibilité d'augmenter la production, voire de la mécaniser!

* * *

Voilà, je vais déjà publier ce début d'article. La suite viendra rapidement, c'est promis!
Pour ceux et celles qui lisent ces lignes après publication de la suite, il suffit de cliquer sur le lien ci-dessous s'il est activé.

À suivre...

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