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Burkina Faso, janvier 2009 — 8

... par
Gilbert Cujean

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Des soucis à Mouni

Ouagadougou, mardi 27 janvier 2009

Dès mon arrivée à Ouahigouya, lundi dernier 19 janvier, je me suis préoccupé de Mouni et du moulin que nous avons financé il y a presque une année. Depuis l'inauguration le 6 février 2008, je n'ai reçu que quelques nouvelles peu précises et plutôt lénifiantes, puis, depuis avril: plus rien!

Abdoulaye, l'enfant de Mouni par lequel notre appui s'était manifesté ne donnait plus signe de vie, alors que l'ONG Burkina Vert avec Issouf (que j'avais mandaté pour superviser le projet) disait —avec bon sens!— ne pas vouloir se substituer à Abdoulaye pour des raison de hiérarchie socio-traditionnelle.

Sur la route de Ouahigouya vers le Mali. Ensuite la piste en brousse jusqu'à Mouni.
 

J'avais pourtant bien expliqué qu'un projet tel que ce moulin ne s'arrêtait pas le jour de l'inauguration. On doit gérer l'objet dans la durée, faire du bénéfice et en garder suffisamment pour parer aux futures pannes et, plus tard, pourvoir au remplacement des pièces usées. Cela implique une gestion des coûts et des revenus que je peux bien faire moi-même, au moins dans un premier temps, mais pour cela il faut saisir les informations à la source, donc au moulin. J'avais suggéré un cahier, simple, dans lequel serait consignées les entrées (moutures de mil) et les sorties (carburant, entretien, salaires et autres frais), en francs et en quantités.

Que les femmes de Mouni aient eu un peu de peine à comprendre un tel discours, je peux l'admettre car seules quelques unes sont alphabétisées, mais que mon ami Abdoulaye, fonctionnaire responsable des ressources humaines à la Direction provinciale de l'enseignement de base, soit dans le même cas, j'ai eu de la peine à «encaisser»! En fait, il s'est excusé, disant qu'il avait passé par des difficultés financières qui lui ont «cassé le moral». Mais maintenant, il est prêt à assumer et a pris l'engagement de faire en sorte de rattraper cet échec...

Bribe par bribe, avec des recoupements de plusieurs sources, j'ai pu reconstituer l'histoire de ce ratage qui n'est heureusement pas définitif. Évidemment, rien n'est simple:

On a d'abord fait fonctionner le moulin gratuitement pour que les femmes de Mouni puissent toutes en profiter. L'idée était bonne et cette manière de faire n'a rien de contraire à un bon «marketing» du nouvel objet. Il semble simplement qu'on y ait pris goût et que la promotion ait duré quelque temps puisque on a consommé plus de 15 litres de fuel sans revenu... jusqu'à rupture de «l'hélice» une pièce importante du moulin. Défaut de fabrication ou d'installation, erreur de manipulation des meuniers, on ne le saura jamais. Toujours est-il que les meuniers ont fait réparer ladite pièce... et qu'elle s'est de nouveau brisée quelques jours plus tard! Une réparation plus sérieuse, impliquant l'installateur du moulin a mieux tenu par la suite.

À mi-avril, nouvelle panne. Cette fois c'est la courroie qui n'était pas de bonne qualité et les «coussiniers» [coussinets?] des paliers de l'axe du moulin qui étaient défectueux ou prématurément usés. Là encore, pas d'analyse sérieuse des causes, mais pire encore: il n'y a pas d'argent pour réparer... donc on ne répare pas!

Qu'à cela ne tienne —et là il y a la coïncidence qui tue!— utilisons l'autre moulin! Ah, parce qu'il y en a un autre? Je n'étais pas informé. On m'explique alors, un peu gêné, que le parti au pouvoir, le CDP de Blaise Compaoré, a fait des promesses électorales (qui ont été tenues) et ont payé un moulin. Mais on ajoute rapidement, comme pour me consoler qu'«il est de moins bonne qualité que le vôtre!»... et peut-être que tout le monde n'y a pas accès. En tous cas bravo pour le gaspillage!

Toujours est-il que «notre» moulin est resté à l'arrêt jusqu'au début janvier 2009, quand on a comme par hasard trouvé les 18'000 F CFA (CHF 45.-) nécessaires au remplacement des pièces défectueuses, alors que je débarquais au Faso!

Madina, la présidente des femmes de Mouni.

Le moulin en action.

Un des deux jeunes meuniers au travail.

Sur place, lors d'une visite qui a eu lieu mardi 20 janvier, j'ai pu constater que le moulin fonctionne. Une assemblée avec les femmes, en présence d'Abdoulaye et avec Issouf comme traducteur, m'a permis d'exprimer ma déception et mes préoccupations pour l'avenir. J'ai demandé que deux femmes alphabétisées au moins soient membres du Comité de gestion du moulin. Madina m'a promis de faire le nécessaire et s'est également excusée pour les défaillances. Les femmes n'ont pas manqué de redire leur satisfaction et leurs remerciements aux donateurs qui ont permis cette réalisation.

Alors, demain 28 janvier, je «remonte» à Ouahigouya pour 5 ou 6 jours, avec deux tâches importantes: enrichir le site web de Burkina Vert et surtout aller à Mouni mettre en place dans la pratique les structures d'enregistrement des données de gestion (phrase pompeuse pour en fait un cahier, un «bic» et quelques explications concrètes!).

En attendant, je prie les donateurs qui ont financés le moulin de Mouni de patienter pour de meilleurs résultats. La bonne nouvelle c'est que le moulin fonctionne et qu'aucune somme n'a été détournée. Inch Allah!

 

Aujourd'hui, mon souhait sera simple:

Voeux n° 8 pour 2009:
Que les habitants de ce pays, et avant tout les intellectuels, comprennent qu'on ne peut (ni ne veut) pas les aider s'ils ne font pas eux-mêmes le premier effort en répondant à un minimum de bon sens et de rigueur.

À bientôt pour d'autres nouvelles...

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