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Burkina Faso, Togo, février 2008 — 3

... par
Gilbert Cujean

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Séminaire OLPC chez «YamNet-Plus»

Bobo Dioulasso, le 14 février 2008

Depuis l'inauguration du moulin de Mouni (voir «Note précédente»), il s'est passé une semaine et je n'ai pas donné signe de vie sur ces Notes. Mes excuses aux lecteurs assidus et impatients... mais mon emploi du temps a été assez dense pour m'empêcher de «poster» le présent article plus tôt. Jugez plutôt:

  • Jeudi 7 février: Retour de Ouahigouya à Ouagadougou, puis préparation du Séminaire OLPC chez Yam-Pukri.
  • Vendredi 8 février: Séminaire OLPC (voir ci-dessous).
  • Samedi 9 février: Rédaction et publication de ma Note sur l'Inauguration à Mouni, puis accueil de mon épouse Françoise et de notre amie Jacqueline à l'aéroport de Ouagadougou. Elles viennent passer une semaine au Burkina et profitent d'amener 40 kg de livres pour la bibliothèque scolaire de Mouni.
  • Dimanche 10 février: Déplacement avec Françoise et Jacqueline à Bobo Dioulasso. But touristique et «familial»: rendre visite à Camille le filleul de Françoise, Awa son amie et Ananias leur fils de 8 mois.
  • Lundi 11 février: Prise de marques à Bobo, visite de la gare ferroviaire, du Musée du Houet et de ses artisans, du Centre Culturel Français, puis souper-musique aux «Bambous».
  • Mardi 12 février: Visite de l'École professionnelle de Bobo où enseigne Camille. Virée au Grand Marché de Bobo, visite de la Grande Mosquée (eh! oui, tout évolue!) et visite (extérieure seulement) de la Cathédrale.
  • Mercredi 13 février: Virée à Banfora (85 km de Bobo), avec visite des Cascades de Karfiguela et tournée en pirogue sur le lac de Tengrela pour voir les hippopotames.
  • Jeudi 14 février (aujourd'hui!): Retour des 3 touristes à Ouagadougou...
  • ... sans parler des courses et achats divers, des rencontres amicales, et toujours des discussions et des échanges —voire des négociations— en toutes circonstances.

On reparlera de certains sujets, car si je n'ai pas eu le temps d'écrire et de publier, j'ai fait quelques photos et me réjouis de les commenter.

* * *

Mais revenons à vendredi dernier... et commençons par situer le sujet: le projet «OLPC»One Laptop Per Child» ou «Un ordinateur portable par enfant», sous-entendu «dans le Tiers-Monde»).

Nicholas Negroponte, animateur du Média Lab au MIT (Massachusetts Institute of Technology) et personnage incontournable de l'histoire de l'informatique et d'Internet, est à la base du projet. Au départ, il s'agissait de créer un ordinateur à 100 $, spécifiquement étudié pour les enfants des pays en développement. En fait, il coûte sensiblement plus cher, mais est produit en série depuis plusieurs mois, uniquement pour des achats en masse et pour les pays concernés. Pour ceux que cela intéresse, voir plus d'informations sur un site Wikipédia qui est dédié à cette machine.

À la fin de l'année dernière, le projet OLPC a lancé une opération dénommée «Give 1, Get 1» («Donnez-en 1, recevez-en 1») qui consistait à acheter 2 machines, l'une étant envoyée dans un pays émergeant, l'autre à votre domicile. Bonne idée, sauf que cette promotion était réservée aux USA et au Canada! C'était compter sans les amis californiens de mon fils, Sylvain, et notamment Deke par qui j'ai pu me procurer un appareil. Aussitôt en possession de l'objet, début janvier, j'en ai fait part à Sylvestre, le dynamique animateur de Burkina-NTIC et Yam-Pukri... qui a immédiatement lancé une discussion par forum Internet entre les intéressés Burkinabè et qui a mis sur pied le séminaire de vendredi 8 février.

Une trentaine de participants, issus de l'enseignement et de l'informatique, ont ainsi partagé ou confronté leurs idées pendant une matinée:

  • Le portable XO (c'est son nom officiel) est-il utile et utilisable dans le contexte des écoles d'ici qui manquent cruellement et systématiquement de moyens, avec des effectifs souvent incroyables (120 élèves et plus par classe!), et des enseignants eux-même non formés aux nouvelles technologies?
  • Ses caractéristiques physiques sont-elles intéressantes, avec notamment un boîtier robuste et étanche aux projections d'eau, aucune pièce en mouvement (pas de disque dur), un écran bien visible même au soleil, un chargeur/dynamo à main (uniquement pour les modèles destinés aux pays en développement), une batterie solide et peu polluante... mais l'impossibilité d'ouvrir et de réparer en cas de pannes (certainement très rares, au vu de ce qui précède).
  • Son système, basé sur Linux et les logiciels libres, permet-il de préparer les utilisateurs au passage à Windows, par exemple.

J'étais là principalement pour présenter l'objet, en expliquer les grandes lignes du fonctionnement, et aussi pour participer à la discussion. Ce fut vraiment très animé, la motivation et l'engagement des participantes et participants a été remarquable. On a d'abord assisté à la présentation d'une synthèse des discussions préalables qui avaient eu lieu sur le site Internet de Burkina-NTIC, par l'animateur de ce forum.

Les avis sont partagés entre les sceptiques positifs et les sceptiques négatifs. Tous ne croient pas à la possibilité pratique de mettre en place la distribution du portable OLPC dans les classes, au vu des conditions réelles, surtout hors des villes. Mais alors que les «négatifs» préféreraient consacrer l'énergie et les finances nécessaires à améliorer l'éducation et l'école, les «positifs» (assez nettement majoritaires!) aimeraient plutôt aménager la réalisation pratique de l'introduction du PC pour la rendre opérationnelle et fructueuse. «Il y a seulement 10 ans, qui aurait prédit que les cireurs de chaussures et les paysans auraient un téléphone cellulaire?» observe très justement Sylvestre.

Puis il y a eu mon intervention où j'ai bien essayé de faire passer l'idée de l'innovation: «Ce PC n'est pas comparable aux portables actuels, il est basé sur un concept neuf, original, se basant sur les besoins —au moins supposés!— des enfants des pays en développement. Sa réalisation représente une somme considérable de travail, investi dans un contexte «sans but lucratif», et il n'en est qu'à sa première version. Pensez aux PC d'il y a 10 ans et à ce qu'on en a fait aujourd'hui. Cette machine va évoluer et les expériences seront prises en compte.»

Le «XO Laptop» a fait ensuite son «tour d'honneur», passant de mains en mains, suscitant interrogations, suggestions, admiration et commentaires.

Nouvelle discussion animée et passionnante, avec finalement une suggestion que j'ai faite en résumant la situation et les opinions des participants:

«L'intérêt et la curiosité que vous manifestez par rapport à cet appareil est remarquable, et il serait malheureux de laisser sans suite un tel enthousiasme. Par ailleurs, ce portable demande à être découvert, il contient des ressources étonnantes, originales, débouchant sur une nouvelle forme de pédagogie basée sur la communication et les connaissances communes du groupe des utilisateurs, et non plus seulement du maître. Cette notion à elle-seule contient un embryon de révolution. Les enfants n'auront aucune difficulté à entrer dans ce jeu, mais vous certainement!

Je vous propose donc de préparer l'avenir. «Yam-Net» et «Burkina-NTIC» qui ont organisé ce séminaire ont l'infrastructure nécessaire: salles de formation, notoriété et expérience. Ce sont des ONG reconnues jusqu'en Europe. Pourquoi ne pas créer un groupe de travail, puis mettre en place un projet qui consisterait à acquérir 20 ou 30 portables XO, et à organiser des séances de travail mensuelles, bi-mensuelles, voire hebdomadaires, pour vous familiariser avec les particularité de ces machines? Dans un second temps, ce «laboratoire OLPC» pourrait être ouvert aux enfants, aux classes, etc. Ce projet mis sur pied, je pense que le financement ne posera pas de problème: il s'agit tout de même de PC à «moins de 200 $»!

Il me semble qu'il y aurait là un moyen d'utiliser le fantastique potentiel de cet ordinateur, sans tomber dans les difficultés insurmontables et certainement stériles d'une distribution plus large.»

Cette proposition a trouvé un écho favorable dans l'assemblée et lorsqu'on s'est levé pour aller déguster le repas servi dans la cour, un groupe s'était formé et avait pris rendez-vous pour faire démarrer le projet!

Bravo et merci à tous de m'avoir invité! J'ai retrouvé l'«Afrique qui veille»: elle est plus vivante et debout que jamais!

* * *

P.S.– Dans l'assemblée, il y avait Ramata Soré (photo en bas, au centre), journaliste d'investigation engagée dont je vous recommande le blog...

* * *

Voir l'article de Roukiattou Ouédraogo sur le site de Burkina-NTIC
[Ajout du 9 mars 2008/gc]

Voir l'article de Ramata Soré dans le bi-mensuel «L'Événement» n° 135 du 15 mars 2008
[Ajout du 31 mars 2008/gc]

Voir une vidéo sur le séminaire OLPC, publiée par Burkina-NTIC
[Ajout du 12 avril 2008/gc]

Voir l'article de Ramata Soré sur le site «tekre.net»
[Ajout du 27 mai 2012/gc]

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