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Burkina Faso, Togo, février 2008 — 2

... par
Gilbert Cujean

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Inauguration à Mouni

Ouagadougou, samedi 9 février 2008

Mercredi 6 février, dès 15h30, c'était l'inauguration du moulin de Mouni. L’historique de ce petit projet figure dans le site web qui lui est dédié, je ne vais donc pas me répéter et me concentrer sur la manifestation.

On est arrivés par la piste, dans le 4x4 de Burkina Vert piloté par Doudou. Comme lors de plusieurs de mes précédentes visites, à notre arrivée les femmes chantaient et dansaient en cercle à l’ombre d’un grand manguier. Les hommes, relativement peu nombreux, étaient assis sur des chaises ou attendaient en retrait.

On est accueilli par Abdoulaye et Madina, la présidente de l’Association des femmes du village. J’ai salué quelques personnes, on m’a présenté les notables, puis ça a été le tour des discours, avec dans l'ordre: Madina, le chef du village, le président du CVD (Comité Villageois de Développement, mis en place par le gouvernement), le délégué à l'«Action rurale» qui est enseignant à Ouahigouya, et la vice-présidente des femmes, sans compter Abdoulaye qui servait un peu de Monsieur Loyal... et l'inénarrable Issouf (de Burkina Vert) qui traduisait. Issouf (ou Issifou, c’est selon) est un communicateur né, aussi à l’aise en mooré qu’en français. Pendant des années il a été un des piliers de la cellule agro-forestière des Groupements Naam de Ouahigouya avant de fuir le manque d’avenir imposé à cette structure par son ancêtre fondateur, le très connu Bernard Lédéa Ouédraogo. Ses compétences de vulgarisateur des techniques agricoles sont maintenant au service de l’ONG Burkina Vert... que j’ai mandatée pour superviser le projet de moulin. Dès sa première rencontre avec les femmes de Mouni, le courant à passé. Ce gars parle vraiment constamment avec le coeur, son langage est simple, franc et fréquemment émaillé de proverbes et de touches d’humour. Tellement charismatique qu’on lui a déjà demandé plusieurs fois de se mettre en liste pour la Mairie de Ouahigouya... ce qu’il a sagement refusé!

Puis ce fut mon tour. J'avais préparé quelques notes (PDF 57 Ko) pour ne pas me prendre les pieds dans l'émotion, ce qui a bien fait rire l’assemblée! Il y avait 3 pages de texte (corps 14!), structuré, avec salutations, historique, bravos, mercis, recommandations et conclusion, autour duquel j’ai un peu brodé... À certains moments je disait 3 mots et Issouf traduisait pendant 3 minutes! Quel spectacle!

J'ai ensuite donné une lettre de Françoise, mon épouse, à Madina qui l'a faite lire et traduire pour tous par Abdoulaye.

Les 10'000 F CFA qui y étaient joints comme fond de caisse pour les épices ont été droit au coeur de toutes.

Puis j'ai appelé le directeur de l'école pour lui remettre un ballon de foot «Euro 2008» et un sifflet d’arbitre, et surtout un superbe livre sur l'agriculture africaine. Ce bouquin est un fantastique outil d'enseignement qui a impressionné Doudou et Issouf qui connaissent d’ailleurs l'auteur.

Et on s'est approché du bâtiment, tout neuf même si en «banco» il paraît un peu souillé des coulures du crépi.

Abdoulaye qui était là depuis midi avait mis un ruban blanc devant la porte et nous l’avons coupé Madina et moi, dans le plus pur style du «vu à la télé» (quoi que la télé, ici...).

La toiture du bâtiment n'est pas terminée
--il ne pleuvra pas avant 3 bons mois!--,
mais le moulin et le moteur sont là et fonctionnels, on en a eu la preuve avec un premier démarrage symbolique!

[Voir la vidéo ci-dessous.]

Puis Abdoulaye qui l'avait oublié a déchiré le papier qui recouvrait la plaque avec «SOUTIEN DES CUJEAN ET AMIS SUISSE [sic] AUX FEMMES DE MOUNI». Un excellent mélange de styles pompier et rustique, très sympathique.

On a eu droit au «zomkoom», boisson à base de mil et de sucre, et les femmes se sont remises à danser.

Je me suis étonné que les hommes ne dansent pas (sans avoir vraiment l'impression qu'on comprenait ma question!), alors, Issouf et moi on s'est lancé! Lui a abandonné bien avant moi: danser sans parler, ça devait être trop dur pour lui!

Une femme m'a filé son fichu qu'on a entortillé tant bien que mal autour de mon crâne et plus tard Madina m'a lancé son voile sur la tête! Je vous explique pas l'ambiance. On était bien loin des intégristes islamiques coincés et on a bien rigolé!

Finalement, il y a eu les cadeaux: 2 poulets et un sac de plus de 20 kg d'arachides!

Ça ça vient des femmes et de personne d'autre, c'est traditionnellement leur culture réservée!

Quelle générosité...

Les femmes chantaient encore une histoire de «nasaara» («le blanc» en mooré) en me raccompagnant au véhicule de Burkina Vert. Doudou a dû faire attention de ne pas écraser des enfants ou des femmes en partant...

Il était 17h30, le soleil était déjà bas quand on a quitté le village.

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