N O T E S   D E   V O Y A G E S

Burkina Faso & Mali, mars 2007 — 9

... par
Gilbert Cujean

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Quelques portraits

Lausanne, Suisse, avril 2007

Je suis de retour en Suisse depuis le 5 avril dernier. Avec près de 30°C de moins au thermomètre, mais satisfait d'un périple riche en découvertes et en rencontres.
Voici quelques portraits de personnes qui me sont chères et que j'ai rencontrées pour la première ou la x-ième fois lors de ce séjour d'un mois au Mali et au Burkina...

 

Siby

À Mopti, l’enseigne est presque plus grande que la boutique: «Le Palais - Prêt à porter Cybercafé et divers - Chez Bokary Siby dit Vieux». À l’extérieur, toute une exposition de bagages, sacs de voyage ou d’école. La porte est basse. À l’intérieur, quelques chemises et pantalons pour hommes donnent un second sens au «prêt à porter» de l’enseigne, plus habituel pour moi! Et surtout, il y a 3 places de travail, serrées, mais bien équipées (PC récent, écran plat LCD) et une quatrième, comme faite pour moi: il y a déjà le portable avec lequel est réalisée la connexion Internet du réseau (par modem sur ligne téléphonique) et il reste juste de quoi poser mon iBook, sous un ventilateur qui défrise et nous fait croire qu’il fait moins de 40°C. La surface totale de la boutique doit tourner autour des 10 m2...
À ma première visite, le dialogue avec Siby a été direct:
- Est-ce que je peux brancher mon ordinateur portable sur votre réseau?
- Non, je n’ai pas de câble libre...
- Ça m’étonnerait, les hubs ont en général 8 ports et vous n’avez que 4 postes! J’ai un câble, si nécessaire...
- Un instant... [Il se penche sous ce qui doit servir d’armoire technique et ressort avec l'extrémité d’un câble réseau.] Essayez donc ça!
J’ai branché et ça fonctionnait immédiatement. Bien configuré le petit Cybercafé! Bravo Siby!
Je suis souvent retourné chez Siby, autant parce qu’il était sympa que par nécessité de connexion. Sa boutique est faite à son image: polyvalente, intelligente, pratique, sans complications inutiles. C’est un commerçant avisé, ouvert et accueillant. Ses prix –pour le cybercafé– sont à peine plus chers qu’ailleurs, mais avec 4 postes au maximum, ça marche mieux qu’avec 12 sur le même pauvre modem à 33.6 Kbps!
Et le jour de mon retour au Burkina, qui croyez-vous que j’ai retrouvé dans le minibus de Mamoudou, entre Koro et Ouahigouya (voir l’article précédent sur ce blog)? – Siby et 2 ou 3 de ses amis commerçants de Mopti! Ils allaient à Ouagadougou faire des achats, à près de 500 km... mais c’est moins que les 650 km qui séparent Mopti de Bamako, la capitale du Mali!


Issouf

Pendant des années animateur à la Cellule agro-forestière de la FNGN (Groupements Naam), à Ouahigouya, Issouf a quitté cette organisation il y a un peu plus de 2 ans pour rejoindre Doudou (voir ci-dessous) et l’Association Burkina Vert. Il se dit paysan, et son enthousiasme, son sens de la communication et ses connaissances du métier font de lui un personnage extraordinaire, attachant, sensible et fidèle en amitié (on se connaît depuis près de 8 ans!). Issouf, c’est un rayon de soleil (ou une pluie bienvenue, car le soleil, ici...), volubile, toujours prêt à expliquer son pays, la sécheresse et les moyens de lutter contre. Toujours très préoccupé de la santé de ses amis, proches ou lointains, il a passé à mon auberge chaque matin prendre de mes nouvelles dès qu’il a su que je souffrais d’une petite allergie (finalement sans gravité)...

Doudou

Autre pilier de l’Association Burkina Vert, Doudou est le fils de «Grand Passage», personnage fort connu de Ouahigouya que je n’ai malheureusement jamais rencontré. Pépiniériste dans une région où la déforestation est un problème lancinant, il est venu plusieurs fois en Europe. Comme tous les gens vraiment sérieux, il se marre tout le temps! Son sens de l’humour lui donne le recul nécessaire à l’appréciation pertinente des situations.
Avec Burkina Vert dont il est l’un des fondateurs, ils ont fait une cave, un trou de 5 ou 6 m dans la latérite, la roche dont est fait le sol, avec un petit bâtiment au-dessus. Le but de ce dispositif –plus qu’original dans le Sahel!– est bêtement de conserver les semences de pommes de terre pour les utiliser au moment judicieux et produire des patates quand les prix du marché sont hauts. Auparavant, il fallait attendre les semences d’Europe (?) qui arrivent plus tard et provoquent la baisse des prix par excès de l’offre. Il fallait y penser et le faire. Innovateur est un qualificatif trop rare en Afrique et Doudou est un de ceux qui le mérite pleinement.

 


Hamadé


«Création Hamadé’O, Ouahigouya» c’est l’étiquette que je porte dans plusieurs de mes chemises. Hamadé est tailleur, il travaille du matin au soir, souvent tard, dans sa boutique près du Grand Marché de Ouahigouya. Sa vieille Bernina Favorit 740 des années 60 n’est pas souvent au repos. Il coupe, coud, change de fil, recoud, assemble, à une vitesse et avec une précision impressionnantes pour le béotien que je suis. Trois ou quatre jeunes l’entourent, qui aux boutonnières et boutons, qui au repassage, un autre prépare les tissus ou les pagnes.
Malgré la montagne de commandes en attente, il trouve toujours le temps de me faire quelques superbes chemises et connaît mes mesures par coeur! Au fil des ans, Hamadé est devenu plus que mon tailleur préféré, c’est presque un ami et j’ai toujours plaisir à lui rendre visite.

[Avis: Hamadé recherche une machine à coudre Bernina Favorit 740 ou 217, de seconde main. La table est inutile car elle renchérit le transport et l’entraînement est électrique (d’origine ou monté après coup).]

La Présidente des femmes de Mouni

Je ne connais même pas son nom, je n’ai jamais vraiment discuté avec elle puisqu’elle ne parle pas le français ni moi le morré, mais nous nous connaissons bien et une véritable relation amicale est née, un peu étrange, et surtout non verbale! Depuis mon premier et mémorable passage à Mouni en janvier 2000, pour l’inauguration de la «Bibliothèque scolaire Cujean», elle est là à chacune de mes visites, avec son regard perçant d’intelligence, son sourire chaleureux et ses paroles de salutations qu’il est inutile de traduire. En octobre 2001, lors de la visite de Françoise (mon épouse) à Mouni, les femmes du village ont dansé et chanté pour l’accueillir.
Cette femme est aussi à la base des demandes d’alphabétisation pour adultes qui ont abouti, permettant (principalement) aux femmes d’apprendre à lire et écrire le morré. Lors de ma récente visite, elle m’a fait transmettre un projet de moulin à moteur pour remplacer l’ancestrale et pénible technique de mouture du mil à la main, avec une grosse pierre...

 

Aly

Aly, c’est un peu mon fils burkinabè. Au point où –sans me demander mon avis– il a prénommé son propre fils Hamidou Cujean! Mariam, sa femme est aussi grande que moi et Aly la dépasse d’un bout. C’est un grand dégingandé, filiforme, à la voix de contrebasse. Hamidou, à 5 ans et demi porte des habits «8 ans».
En 2005, Aly était employé de la Sonagess (Gestion des stock alimentaires), responsable des magasins de Dori et Gorom-Gorom, quand il a été impliqué à son insu dans une sale histoire: un Haut-Commissaire et trois Préfets ont détourné de l’aide alimentaire destinée aux démunis de la région. Sans faire de détail (ce qui est normal à ce niveau), le ministre Sherif Diallo a fait boucler tout le monde à la Maco (prison) de Ouagadougou. Période électorale et lenteur du système judiciaire obligent, il a fallu plus de neuf mois pour que soit reconnue son innocence (ou pour le moins le côté involontaire de sa complicité) et qu’il soit libéré en avril 2006. Entre-temps Aly avait perdu son emploi et bien entendu son salaire. J’ai pu lui prêter de quoi payer son avocat (et ici, c’est cher!), mais c’était parti pour une année de galère... Rechercher un job est très difficile en Afrique, car beaucoup de postes sont dévolus aux membres de la famille des supérieurs hiérarchiques, simplement par le raisonnement suivant: s’il n’a pas de boulot, il va me demander de l’argent et je ne pourrai pas refuser; autant lui fournir un emploi!
Aly est un collaborateur occasionnel de DeltaLink. Il a déjà vendu des quantités d’accessoires (mémoires, disques durs, clés USB) et la commission de 20 à 30% est une forme d’aide équitable qui l’a un peu soutenu.
Et tout récemment, pendant mon séjour, il a passé avec succès le concours de recrutement que l’Onea (Office National des Eaux et de l’Assainissement) avait lancé sur l’ensemble du Burkina pour 6 contrôleurs de la qualité de l’eau. Après une formation spécifique, il sera peut-être affecté à Ouahigouya, où réside sa famille. Ouf! L’Onea a la réputation d’une bonne entreprise, avec des salaires corrects et des conditions sociales exemplaires. Aly le mérite bien.

 
Ahmed


J’aime l’artisanat d’art Touareg, boîtes ou objets en bois recouverts de cuir et bijoux en argent. Je discute donc volontiers avec les vendeurs ambulants de cette ethnie, d’autant plus qu’ils sont superbes dans leurs turbans et leurs grandes robes. C’est comme ça que j’ai fait la connaissance d’Ahmed. J’ai bien marchandé, il a fini par me vendre ce qu’on avait négocié et a ajouté des boucles d’oreilles pour ma fille. Nous avons ensuite échangé nos coordonnées. Il a soigneusement écrit les siennes sur un bout de papier, lentement, avec l’application de quelqu’un qui n’a pas été à l’école très longtemps. Moi j’ai donné ma carte... Et quelques semaines plus tard, j’ai reçu un SMS, puis quelques e-mails. L’orthographe était plus qu’approximative, mais en lisant ces messages à haute voix ils étaient compréhensibles. Quel sens de la communication!
Je n’ai donc pas manqué d’informer Ahmed de mon nouveau passage à Ouagadougou et que, comme d’habitude, j’aurai une table pour les amis le soir de mon départ, au maquis en face de l’aéroport. Et il est venu, avec des bijoux, et nous avons fait de nouvelles affaires. Tous les deux.

 
Papa Diop


«Galerie Aux Fruits des Arts - Papa Diop: Artiste-peintre miniaturiste», telle est l’enseigne qui barre le mur de l’antre de Papa Diop, au marché Nabi Yaré (secteur 29 de Ouagadougou, pour les connaisseurs). C’est là que j’ai connu le bonhomme, lors de mon précédent voyage.
Ce Sénégalais a passé la soixantaine, en même temps que moi, et réside à Ouagadougou depuis plus de 30 ans. Il fait d’adorables tableaux naïfs, avec une maîtrise étonnante de la peinture à l’huile. Il travaille souvent à même le sol où il étale ses tableaux en préparation. C’est aussi un commerçant avisé, qui sait ce qui plaît à sa clientèle, dont beaucoup d’Européens (les Africains ne décorent pour ainsi dire pas leurs habitations, même s’ils en ont les moyens). La grosse mode actuellement, c’est les «boules de Noël» constituées de petites calebasses suspendues par la «queue», et décorées de scènes naïves. Un peu kitsch mais très décoratif.
Papa Diop, c’est aussi un formateur: il a des élèves qui apprennent son art et surtout qui apprennent à travailler pour gagner leur vie. Il a horreur des glandeurs, des fainéants et des assistés, alors il montre l’exemple!
Dans quelques semaines il va venir en France, chez des connaissances qui lui avancent le prix du billet d’avion. «La première semaine, je travaille comme un fou. Je rembourse mon billet en vendant mes tableaux et après, c’est tout du bénéf!», me glisse-t-il avec un sourire malicieux.

 

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