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Burkina Faso & Mali, mars 2007 — 3

... par
Gilbert Cujean

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Au revoir Burkina !

Mopti, Mali, dimanche 11 mars 2007

Jeudi dernier, à Ouahigouya, je suis passé voir Hamadé, «mon» tailleur, celui qui me fabrique de si belle chemises. Il était au boulot, malgré le jour férié. En juin 2006, il m’avait confié une pièce de sa machine à coudre Bernina Favorit 740 (une machine à coudre professionnelle de plus de 40 ans de bons et loyaux services!). Cette pièce très spéciale (le «crochet») avait déjà été ressoudée de main de maître, mais l’usure était trop importante.

De retour en Suisse j’ai cherché —sur Internet, bien sûr!— et découvert une pièce de rechange à 295.- euros ou une machine complète de seconde main à 198.- euros! Impossible d’acheter la première et de transporter la seconde depuis Marseille. J’ai donc laissé tomber... jusqu’à la rencontre fortuite sur une foire à Pontarlier d’un revendeur de pièces qui avait une piste et qui a réussi à me dégotter une pièce neuve pour 100.- euros. Deux fois 100 km plus tard (il habite à Frangebouche, qui sait où c’est?), j’avais l’objet! Et jeudi je l’apportais à Hamadé qui n’en croyait pas ses yeux.
La valeur étant élevée pour un petit artisan, mais le côté professionnel demandant tout-de-même de consentir à certains investissements, je lui ai proposé un arrangement comprenant un payement de sa part, un cadeau de la mienne et surtout deux chemises de premier choix que je me réjouis de trouver à mon retour à la fin du mois. Cette fois, je pense que le crochet a des chances de tenir plus longtemps que la Favorit!

***

Vendredi, j’ai conclu mon séjour à Ouahigouya par deux visites significatives.
La première a été aux Groupements Naam (FNGN, fédération de groupements paysans). Un premier entretien avec le vieux Clément, qui est le responsable des opérations et qui gère l’entreprise. Le second avec Bernard Lédéa, le grand patron, instigateur historique de la FNGN, ancien maire de Ouahigouya, actuel roi coutumier de Gourcy.
C’était pathétique et un brin émouvant de voir ces deux vieux, qui ont largement dépassé l’âge de la retraite, s’accrocher à leur place, sans quasi plus de projets actifs, sans plus d’aide des ONG et des gouvernements européens qui demandent évidemment un dynamisme désormais absent...
Et pourtant, il fut une époque où la FNGN, après les «Six S» (Se Servir de la Saison Sèche dans la Savane et au Sahel), s’est occupée de promotion agricole, d’assainissement, de reboisement, de formation, de communication, de conscientisation, de projets hydrauliques, etc. De jeunes ingénieurs, formateurs ou communicateurs de haut niveau ont passé par «les Naam», mais aucun n’est resté, tous sont partis trouver un avenir moins bouché et une promotion possible dans diverses organisations gouvernementales ou non.
Les seuls projets un peu durables sont la radio «La voix du paysan» dont mon regretté ami Frank Musy était un des coaches, et le Centre de réunions et d’hébergement à Ouahigouya. À part ça, on sent la fin prochaine, sans possibilité de redressement. Triste et déprimant, mais parfaitement inéluctable.

Et la seconde visite a été à Burkina-Vert.
Mon ami Issouf, Doudou et un 3e partenaire que je ne connais pas encore ont fondé cette association il y a 2 ans et demi, quand la Cellule agro-forestière de la FNGN a fermé et licencié tout son personnel. Issouf y était cadre alors que Doudou, pépiniériste, avait depuis longtemps des rapports serrés avec cette organisation. Le but de leur association est de promouvoir le maraîchage auprès des paysans, en leur offrant conseils et formations et en leur mettant à disposition des surfaces de terrain.
J’ai rencontré Issouf que je n’avais pas vu depuis son départ des Naam. Jeune, dynamique, enthousiaste et enthousiasmant, m’expliquant leur démarrage, la création d’une cave à pommes de terre pour avoir des semences au bon moment, me parlant de leur système de rémunération où les permanents de l’association ne prélèvent aucun salaire, mais se payent par la production maraîchère d’une parcelle réservée sur chaque terrain objet de leur promotion et qu’ils cultivent eux-mêmes. Jusqu’à maintenant, ils n’ont pas demandé l’aide des bailleurs de fonds européens, ni des ONG soutenant ce genre d’initiative. Ils voulaient faire leurs preuves d’abord!
Bravo, les gars! On reparlera de vous [dans ce blog]... à mon retour du Mali. Avec des photos.

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