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Togo, avril et octobre 2004 — 11

... par
Gilbert Cujean

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Togo-Mali: 1 à 0... et la tragédie (envoyé comme e-mail)

Lomé, lundi 11 octobre 2004

Bonjour tout le monde,

Les fin de semaines à Lomé ne sont en général pas super-folichonnes, mais la vie est faite de petits événements mis bout à bout. Et vendredi soir il y a de la musique au Galion et les musiciens sont bons, ce qui constitue un bon début. Dommage que les spectateurs n'aient pas été plus nombreux!

À propos, vous ai-je dit qu'il y a quelque temps, Jean-Jacques (le patron du Galion, le même que Graphic Import!) et moi avons mis en ligne un site <www.hotel-galion.com>? Modeste, mais il existe et il devrait être enrichi... quand nous aurons un peu de temps libre! En attendant, vous pouvez réserver en ligne!

Plus tard, nous sommes sortis en ville, Jean-Jacques et moi, mais il n'y avait pas la grande foule non plus... Ce pays est en crise permanente et l'argent manque pour tout, donc pour s'amuser aussi.
Le fait marquant de samedi a été le bruit bientôt confirmé que TogoCel, le fournisseur national de téléphonie mobile accordait un bonus de 100% durant le week-end! Ici, quasi tous les abonnements sont à prépayement, comme le Natel Easy en Suisse. En même temps que ma carte SIM, j'avais acheté une carte à 9'000 F CFA que je n'avais pas encore enregistrée. Bien m'en a pris: 9'000 F (env. CHF 20.-) de bonus se sont ajoutés à la carte, sur mon crédit. On a vite racheté la même chose... et 9'000 F s'ajoutent de nouveau au 9'000 de la carte. Super, non? Je ne suis pas le seul à jouer à ce jeu et les cartes s'arrachent, y compris chez les innombrables petits revendeurs. Tant mieux pour eux!

Quelle est la raison de cette promotion surprise, annoncée par communiqué radio? Le match de foot de dimanche opposant le Togo au Mali, au nouveau stade de Lomé! La compagnie de téléphone concurrente offre, paraît-il, un ticket d'entrée au match à l'achat d'une carte de recharge...

Dimanche a également bien démarré, avec le traditionnel —et redoutable— apéro au bar du Galion. Des expatriés permanents, essentiellement des Français et des Suisses y côtoient ceux d'occasion, comme moi. L'ambiance est assez franco-française, quelque fois franchement franchouillarde, mais c'est tout-de-même marrant avec d'inénarrables "brèves de comptoir". Le tout est ponctué de "sambosa" sorte de rissoles triangulaires d'origine malgache offertes par le patron, et parfois, au hasard des arrivages d'habitués européens, à des surprises gastronomiques complètement incompréhensible pour les togolais. Ainsi ce couple français dans la septantaine —lui grand, fort et... manchot; elle petite, rapide et volubile— qui sont arrivés avec des cèpes de Bordeaux... et le vin qui va avec. Jean-Jacques a fait préparer ces champignons par la cuisine et a choisi les 7 privilégiés (dont lui et moi!) qui se sont assis pour partager ce délice!

Et l'après-midi, il y avait le match de foot! Greg, un jeune français très sympa, employé à l'Ambassade de France, et sa copine Amandine sont venu me chercher vers 15 heures. Le nouveau stade de Lomé est bien en dehors de la ville, et a été construit par les Chinois. L'avenue Jean-Paul II qui y mène est encombrée de "zemidjans" (taxi-moto). Par chance, on peut parquer la voiture à 500 m du stade et nous approchons dans la cohue.

À la vente des tickets, un groupe est agglutiné au bâtiment et nos 3 x 5'000 F CFA passent par deux mains pour arriver au guichet. Il faut écarter les autres mains qui s'approchent du sac d'Amandine et de mes poches, mais tout va bien: selon Greg qui est déjà venu ici, avec des billets à ce prix on aura largement de la place dans la tribune sud, à l'abri et surtout à l'ombre... Tu parles!

Le stade, sauf erreur construit pour 30'000 places est archicomble et arrivés en haut des escaliers, sur la plate-forme qui ouvre sur les gradins, il nous est impossible de voir la pelouse! À bras tendus, avec mon téléphone (pardon pour la qualité), je peux prendre une image de la présentation des équipes (photo du haut).

Ça hurle, ça bouscule, mais à l'africaine, c'est à dire avec un étrange mélange de violence et de rire. J'entre en contact, plus visuellement que verbalement avec un type qui est installé sur les gradins, contre la barrière entourant la plate-forme (2e photo).

Je lui fais signe: "—3 places?". Il me répond "—15'000". Et commence alors un étrange marchandage qui aboutit finalement à 5'000 F CFA, payables une fois en place! Reste à y aller. La seule solution vu l'embouteillage est de nous faire hisser le long du mur (2 m de haut environ), de s'agripper à la balustrade et de passer par dessus. Il n'y a pas de problème! Amandine, puis moi et enfin Greg somment tirés, poussés et nous arrivons sains et saufs dans les gradins. On paye, tout le monde se serre, et on peut poser nos fesses sur le béton! C'est un peu coincé, mais au moins on n'a pas froid!

La foule est d'une densité à faire mourir de honte un dirigeant de football suisse: si le stade est construit pour 30'000 personnes, il y en a bien plus de 40'000, c'est sûr! Il y a peu de places pour les Jembés ou autres percussions, on n'entend ni les commentaires du speaker, ni les coups de sifflets de l'arbitre, mais ce qui est capital, c'est que les "Éperviers" togolais mène au score dès la 24e minute! Le match est vif, parfois un peu confus, et 3 ou 4 cartons jaunes ont été distribués. À part ça, je ne suis pas particulièrement amateur de foot, mais j'ai passé un bon moment à crier et applaudir.

Score final: 1 à 0 pour le Togo (photo du bas)... il y aura de l'ambiance ce soir dans les maquis de Lomé!

Le match s'est terminé peu avant 18 h et la nuit avance à grand pas. À peine le coup de sifflet final donné, nous sortons rapidement, entourés d'une foule dense mais pas contraignante qui fonce vers la sortie, presque au pas de course. C'est comme ça jusqu'à la voiture et Greg n'a même pas trop de peine pour forcer le passage et entrer dans le flot du trafic: piétons, deux-roues et autos déboulent comme une rivière, le courant est rapide au centre, plus lent sur les côtés, mais ça ne bouchonne bizarrement pas.

Ce que j'ai appris beaucoup plus tard, c'est que peu de temps après que nous soyons sortis de l'enceinte du stade, il y a eu une panne générale de courant. Je suppose qu'il n'y a évidemment aucun système de secours et la panique a gagné la foule qui s'est précipitée vers la sortie. Bousculade et piétinement se sont finalement soldés (selon RFI aujourd'hui) par 4 morts et 8 blessés graves, ce qui sous-entend plusieurs dizaines de blessés légers... Ainsi c'est terminé en tragédie ce qui avait débuté comme une fête populaire.

Il serait intéressant de savoir pourquoi, s'il n'y a pas de groupes de secours, on programme un match aussi tard (16 h) sans se préoccuper de la tombée de la nuit?

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Mais le week-end, ça ne fait pas avancer notre camion!
Prochain épisode: La Sortie du Camion! (sauf imprévu... presque garanti, d'ailleurs!)
Bon début de semaine et à la prochaine,
cordialement,
Gilbert Cujean
... en voyage en Afrique
[TogoCel: +228/932 46 56]

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