N O T E S   D E   V O Y A G E S

Togo, avril et octobre 2004 — 3

... par
Gilbert Cujean

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Incursion au Bénin (envoyé comme e-mail)

Cotonou, Bénin, le 14 avril 2004

Bonjour,

Pas très causant, le voyageur!
Il faut dire que tout est assez calme et que je travaille tout de même un peu. Les connexions Internet sont souvent peu performantes, surtout quand on reçoit comme moi une cinquantaine de messages par jour et que dans ce fouillis il faut trouver la dizaines de courriels intéressant parmis les "spams" et autres virus. C'est vraiment usant, surtout dans le relatif inconfort dans lequel on est placé: si c'est climatisé, il n'y a pas assez de place pour poser le portable ou mes affaires et s'il fait 35°, je dois faire gaffe à ne pas inonder le clavier par les gouttes de sueur...

Mais les contacts avancent. À Lomé, j'ai fait plus ample connaissance avec le propriétaire d'un petit cybercafé ou je me suis connecté facilement. Il est compétent, a l'air honnête, semble l'être, et possède aussi une petite boutique de consommables informatiques et d'imprimantes de seconde main. Pourquoi pas des PC complets? Ça l'intéresse, il est branché avec quelques "maintenanciers" (informaticiens, installateurs, réparateurs,... et parfois escrocs!) et son avis est pertinent. Il a d'entrée joué la transparence en me montrant certains documents. À suivre!

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Mon ami Jean-Jacques A[...] se rend chaque mois quelques jours à Cotonou, au Bénin voisin, pour ses affaires, et j'ai décidé de l'accompagner. Histoire de voir quelques connaissances, clients ou amis, et de faire la route Lomé-Cotonou (147 km) que je ne connais pas.
Le départ est prévu lundi (de Pâques) à 15 heures, de manière à faire la route de jour, c'est plus agréable et moins dangereux! Martyn Trotman, l'Expert Comptable Sans Frontières est aussi du voyage.

On quitte le Galion à 15h10.
Dix minutes plus tard, à la hauteur du port de Lomé: alarme! J'ai oublié mon passeport dans le coffre de l'hôtel. Heureusement qu'on n'était pas plus loin! Bref, une demi-heure de perdue pour une connerie.

Le trajet sera sans histoire, mais le passage des frontières est toujours l'occasion d'anecdotes. La bêtise-même de la notion de frontière, la (para)militarisation systématique des lieux, le "folklore" souvent inconscient des voyageurs, les problèmes de langues, la confrontation des cultures; tout ceci fait des passages de frontières une mine de gags et d'histoires surréalistes partout dans le monde... et d'autant plus encore en Afrique!

Il n'est malheureusement pas question de faire des photos, secret militaire oblige, mais on se croirait dans un film de Tati, avec des dizaines de détails hilarants ou de situations pathétiques. La barrière en ficelle, consciencieusement manipulée par un servant à chaque voiture; les bagages dont le contenu s'éparpille; l'enregistrement des visas à un bureau et la cachet apposé dans un autre, 2 bâtiments plus loin; etc.
Évidemment, tout ceci se passe dans une chaleur de 35° sous abri, dans une mouvement de foule incroyable, ou les entrant prennent par erreur le chemin des sortants ou vice-versa... et le contraire à la douane du second pays!

À l'entrée au Bénin, notre voiture est arrêtée par la ficelle et l'annonce autoritaire de "—Drapeau! Drapeau!". Personne ne doit franchir la zone pendant la cérémonie de la "descente du drapeau" béninois. L'heure est grave!
Finalement, c'est une fausse alerte et on passe dans la zone béninoise. Jean-Jacques qui est résident va devant avec la voiture pour obtenir un laisser-passer tandis que Martyn et moi prenons place sur le banc en face d'un policier chargé d'enregistrer les visas. Martyn n'a pas de visa, mais peut en faire faire un instantanément, même sans photos, d'ailleurs! Pour ma part, j'ai un visa de "l'Entente" qui permet d'entrer dans 5 pays pendant 2 mois (Togo, Bénin, Niger, Burkina Faso et Côte d'Ivoire). Ça prend bien 10 minutes, de recopier (à la main, bien sûr) la moitié d'un passeport dans le registre des entrées, et notre policier s'applique, tatillonne, nous demande nos adresses, nos professions...

Soudain, "—Drapeau! Drapeau!", notre homme se lève, saisit son képi et nous invite à le suivre au bord de la route qui fait une bonne quinzaine de mètres de large, goudronnée, et là, de l'autre côté, il y a le fameux drapeau, flottant au vent en haut d'un mât.
Et la cérémonie commence. Il y a 2 fonctionnaires de police devant nous, Martyn et moi, seuls civils présents (par pur hasard!), notre officier au milieu de la chaussée et de l'autre côté, devant le mât une femme en uniforme.

Garde-à-vous, repos, garde-à-vous... (nous on bouge pas, évidemment). Il ne manque que la musique, certainement par manque de moyens, mais au rythme des gestes et des pas de la femme, elle doit se chanter l'air dans sa tête, c'est sûr! C'est ce moment que choisit une chèvre, petite et toute ronde, pour traverser la scène, en passant bien ostensiblement devant les mecs au garde-à-vous, comme si elle passait les troupes en revue! Bien entendu, quand le drapeau arrive à la hauteur de la tête de la gendarmette, il s'enroule autour de sa figure et elle termine ses gestes enturbannée!

On a vraiment de la peine à ne pas éclater de rire. Le drapeau est soigneusement plié puis porté comme un plateau, bras tendu et présenté au salut militaire des 3 messieurs, raides comme des bâtons. L'officier termine par un magnifique pas de l'oie pour rejoindre ses troupes et commander "—Repos!".

"—Fin du drapeau!", la route est de nouveau ouverte au trafic. Nous revenons à nos passeports. Le cachet visé, l'officier de police me rend le miens. Je n'ai pas fait 2 pas qu'il me rappelle et me fait me rasseoir en face de lui. "—Un problème? —Non, me dit-il, j'ai un service à vous demander: avec Internet, vous pourriez rechercher quelqu'un?" Et il m'explique qu'un enfant de son village est parti au Ghana, il y a plusieurs années, qu'il a pris la nationalité ghanéenne, qu'il a épousé une "Suisse" et qu'il vit en Suisse. "—Son vieux est très fatigué, très fatigué" (lire: son père est très âgé ou proche de la mort), "et c'est moi qui l'ai à charge alors que le fils doit être plus riche que moi, puisqu'il est en Suisse. Retrouvez-le et dites-lui qu'il m'appelle!" Et il me note les informations sur un papier.

Il était presque touchant, même s'il s'agit peut-être d'une simple question d'argent, mais j'ai pris les informations et vais m'en occuper. Et puis, je connais le nom et le numéro de téléphone d'un policier des douanes béninoises, ça peut toujours servir, non?

Quand je vous disais qu'il se passe toujours quelque chose aux frontières...
Avec les 40 minutes au départ, le "drapeau" et les embouteillages à l'entrée de Cotonou, il faisait déjà nuit quand on est arrivé à l'Hôtel de France. Un nom pompeux qui masque difficilement la tristesse des lieux et le manque quasi total de services. On ne peux ni téléphoner (il n'y a plus de crédit, il faut une carte et le gardien n'en vend pas), ni petit-déjeuner (le cuisinier vient dans 30 minutes), ni boire (le barman est absent); bref, le seul avantage est que les draps sont propres et que c'est près des affaires de Jean-Jacques... mais c'est déjà beaucoup, en fait!

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La prochaine fois, il y aura peut-être quelques photos, c'est quand même plus gai!
Avec mes amitiés béninoises,
Gilbert Cujean
... en voyage en Afrique

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